.
Voler en tandem, c’est facile, mais voler en solo, c’est plus beau… et plus difficile.
Pendant plusieurs semaines, j’ai donc appris avec un moniteur et en compagnie de trois autres élèves à porter un deltaplane en équilibre, puis à marcher avec, puis à courir avec sur des courtes distances.
Le moniteur nous à ensuite fait grimper d’une dizaine de mètres sur une colline à pente douce, et nous devions tenter de la dévaler, harnachés à notre aile, sans que celle-ci ne tangue jamais à droite ou à gauche.
Puis il nous a fait grimper un peu plus haut et sur une pente un peu plus raide, jusqu’à ce que finalement, il nous juge prêt pour notre premier vol en solo, et là nous avons grimpé jusqu'au sommet de la colline.
Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai physiquement tenu le coup à porter inlassablement l’aile sur cette pente herbeuse, pour ensuite la dévaler avec à chaque fois plus de force, dans l’espoir de décoller enfin.
Mais il y a eu cette première fois où j’ai quitté le plancher des vaches tout seul.
Ça n’a pas dû être bien glorieux, un vol de 10 ou 20 secondes à ras les touffes, mais du coup les tentatives suivantes ont été faites avec un entrain nouveau, et des succès graduellement plus impressionnants.
Les décollages ne me posaient finalement pas un gros problème : je n’ai jamais trébuché, ne me suis jamais écrasé sitôt décollé. J’avais surtout de la difficulté à anticiper où j’allais atterrir, et surtout, je finissais invariablement ma course sur le ventre plutôt que debout. Sans doute la tentation de faire durer le vol quelques secondes de plus.
Pendant mes brefs envols, le moniteur tentait de me donner des instructions par gestes et par mégaphone, mais je n’entendais rien. Et tout-à-fait franchement, je n’écoutais pas non plus.
Il avait beau me faire signe de virer, de viser telle zone d’atterrissage, j’étais trop heureux de planer et faire mes propres figures pour lui obéir.
Après chaque atterrissage, je me faisais proprement engueuler, mais même là je ne l’entendais pas ! Je pensais déjà au prochain envol.
Le problème, c’est qu’une fois j’ai un peu trop fait le zouave. En fin de parcours, j’ai perdu la maitrise de l’aile, et j’ai piqué vers le sol. Une grosse trouille, et un dédommagement important au moniteur pour le dégât sur l’aile.
Ca aurait pu être pire.
A la fin d’un des derniers cours, le prof m’a malgré tout proposé de redescendre dans la vallée en tandem avec lui, pendant que les autres prenaient le minibus.
La grosse différence avec le Salève, c’est que là, nous décollions sur une pente assez douce et… ça ne voulait pas décoller.
On courait, on courait, mais on ne s’envolait pas.
J’ai cru qu'on allait abandonner (et j’étais moi-même prêt à le faire) mais le moniteur a dit :
« Allez, on essaye une dernière fois. Courrez, bon sang. »
Et on a décollé, mais pas de beaucoup.
J’allais remettre le pied à terre, quand l'autre a chuchoté :
« Non, non, c’est bon, on y est. »
La pente ne défilait qu’à un ou deux mètres sous l’aile, et ne semblait pas vouloir s’éloigner. Bientôt nous volions à trois mètres, puis à quatre, mais pendant presque tous le trajet, nous avons continuer à suivre la pente. C’était magique.
Ce vol a aussi été le plus long que j’ai jamais effectué : un rêve d’une demi-heure.
Sinon, j’ai aussi effectué au moins un vol en solo à une hauteur d’au moins 30 mètres.
Je n’en revenais pas à quel point le moniteur paraissait petit, et ce coup-là, je ne l’entendais effectivement plus du tout.
A mon retour sur Terre, il m’a dit en blaguant :
« Alors, on a attrapé un courant ascendant ? »
« Hein ? »
« Un courant ascendant. Parfois certains pilotes se font happer dans l’un d’eux, et ils montent, ils montent jusqu’à manquer d’air et finissent par perdre connaissance. »
Il nous a alors annoncé que ce serait le dernier cours de la saison : nous étions en début décembre et il s’absentait jusqu’en avril.
Et sans autre avertissement, il m'a proposer de faire un premier vol solo au Salève.
Je suis devenu livide. Je n’étais pas prêt du tout.
Je n’avais toujours pas bien maîtrisé les atterrissages, j’aurais été incapable d’atterrir ailleurs que sur l’autoroute ou sur une maison et… peut-être aussi que je gardais la vision de ce courant ascendant auquel je ne saurais résister !
J'ai donc décliné l'offre.
La triste fin de cette histoire est que j’ai eu le temps de ruminer les différents atterrissages ratés et l’aile cassée, et en avril, je n’ai pas repris les cours.
Mais plus de vingt après… l'appel du ciel me démange toujours.
.
Le Rhône en Drôme Provençale. Décembre 2007.
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samedi 13 mars 2010
Voler 2.
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mercredi 10 mars 2010
Voler.
.
J’ai toujours été attiré par le ciel.
Les oiseaux, les avions, les ballons à air chaud et les dirigeables, mais aussi les nuages, le vent, les étoiles.
Dans les années 80, cet intérêt s’est focalisé sur le deltaplane, et l’un des endroits privilégiés de cette pratique sportive dans la région genevoise est le Salève, une petite montagne qui s’élève juste au-delà de la frontière suisse.
Avec Tania, une amie que je fréquentais beaucoup dans cette période, nous avions pris l’habitude d’aller les voir atterrir à la campagne, côté suisse donc. A force de fréquenter ce lieu, l’idée que je puisse moi-même m’essayer au vol en deltaplane parut moins extravagante, et avant d’envisager de prendre des cours, je m’inscrivis pour un baptême de l’air en tandem.
Je me souviendrai toujours de la montée en camionnette jusqu’à l’aire de départ. Celle-ci est tombée en panne à mi-parcours, et tout d’un coup, l’excitation que j’avais ressentie jusque là s’est transformée en appréhension.
La camionnette a pu redémarrer après quelques minutes, mais ma nervosité est restée.
Il y a ensuite eu le montage des ailes, je me suis harnaché, puis fixé à l’aile, j’ai vu partir une aile devant moi, puis le moniteur me dit à mon côté :
« Alors, vous êtes prêt ? Ca va être à nous. »
Non, je n’étais pas prêt, je ne voulais plus y aller, pas aujourd’hui.
L’aire d’envol faisait 3 ou 4 mètres, puis se terminait par un tremplin en bois et ensuite c’était le vide intégrale : nous étions au bord d’une falaise qui tombait à pic.
Le moniteur à soulevé l’aile et a simplement déclaré :
« Allez, on y va »
J’ai esquissé un mouvement pour lui signifier que j’avais changé d’idée, mais déjà il courait, et moi avec, pas le choix, non attendez, je…
Ne sens plus la Terre sous mes pieds, les sangles du harnais me tirent vers le haut, je suis comme dans un télésiège soutenu par un câble, seulement… il n’y a pas de câble.
La peur a complètement disparu. Je vole. Je flotte. Je glisse dans un vide merveilleux. Nous sommes au milieu de nulle part. Il n’y plus ni montagne, ni plaine, ni rien. Juste le vide absolu, l’insouciance totale.
« Ca va ? »
Le moniteur me rappelle à la Réalité et, ce faisant, gâche un peu ce rêve incroyable.
« Vous voulez prendre les commandes ? Tenez, je vous montre. Pour descendre, vous tirez le trapèze vers vous (et on chute d’une dizaine de mètres) et pour remonter, vous poussez. »
Et on remonte.
Il me montre encore quelques manœuvres, et me laisse ensuite les reproduire : c’est enfantin et jouissif.
Mais très rapidement, nous nous retrouvons en approche de la terre ferme, il m’explique qu’il va falloir commencer à courir quelques secondes avant de toucher terre, j’ai de nouveau une petite appréhension, peur de me faire mal, de tomber, mais pas le temps de réfléchir. Encore quelques mètres, je cours sur l’herbe sur 3-4 mètres, nous nous arrêtons : c’est fini.
Je suis à peine essoufflé, pas du tout fatigué et surtout complètement excité par cette expérience de quelques minutes.
J’ai volé.
Et je revolerai, c’est sûr.
Environs de Genève... vus d'un avion. Juillet 2009.
J’ai toujours été attiré par le ciel.
Les oiseaux, les avions, les ballons à air chaud et les dirigeables, mais aussi les nuages, le vent, les étoiles.
Dans les années 80, cet intérêt s’est focalisé sur le deltaplane, et l’un des endroits privilégiés de cette pratique sportive dans la région genevoise est le Salève, une petite montagne qui s’élève juste au-delà de la frontière suisse.
Avec Tania, une amie que je fréquentais beaucoup dans cette période, nous avions pris l’habitude d’aller les voir atterrir à la campagne, côté suisse donc. A force de fréquenter ce lieu, l’idée que je puisse moi-même m’essayer au vol en deltaplane parut moins extravagante, et avant d’envisager de prendre des cours, je m’inscrivis pour un baptême de l’air en tandem.
Je me souviendrai toujours de la montée en camionnette jusqu’à l’aire de départ. Celle-ci est tombée en panne à mi-parcours, et tout d’un coup, l’excitation que j’avais ressentie jusque là s’est transformée en appréhension.
La camionnette a pu redémarrer après quelques minutes, mais ma nervosité est restée.
Il y a ensuite eu le montage des ailes, je me suis harnaché, puis fixé à l’aile, j’ai vu partir une aile devant moi, puis le moniteur me dit à mon côté :
« Alors, vous êtes prêt ? Ca va être à nous. »
Non, je n’étais pas prêt, je ne voulais plus y aller, pas aujourd’hui.
L’aire d’envol faisait 3 ou 4 mètres, puis se terminait par un tremplin en bois et ensuite c’était le vide intégrale : nous étions au bord d’une falaise qui tombait à pic.
Le moniteur à soulevé l’aile et a simplement déclaré :
« Allez, on y va »
J’ai esquissé un mouvement pour lui signifier que j’avais changé d’idée, mais déjà il courait, et moi avec, pas le choix, non attendez, je…
Ne sens plus la Terre sous mes pieds, les sangles du harnais me tirent vers le haut, je suis comme dans un télésiège soutenu par un câble, seulement… il n’y a pas de câble.
La peur a complètement disparu. Je vole. Je flotte. Je glisse dans un vide merveilleux. Nous sommes au milieu de nulle part. Il n’y plus ni montagne, ni plaine, ni rien. Juste le vide absolu, l’insouciance totale.
« Ca va ? »
Le moniteur me rappelle à la Réalité et, ce faisant, gâche un peu ce rêve incroyable.
« Vous voulez prendre les commandes ? Tenez, je vous montre. Pour descendre, vous tirez le trapèze vers vous (et on chute d’une dizaine de mètres) et pour remonter, vous poussez. »
Et on remonte.
Il me montre encore quelques manœuvres, et me laisse ensuite les reproduire : c’est enfantin et jouissif.
Mais très rapidement, nous nous retrouvons en approche de la terre ferme, il m’explique qu’il va falloir commencer à courir quelques secondes avant de toucher terre, j’ai de nouveau une petite appréhension, peur de me faire mal, de tomber, mais pas le temps de réfléchir. Encore quelques mètres, je cours sur l’herbe sur 3-4 mètres, nous nous arrêtons : c’est fini.
Je suis à peine essoufflé, pas du tout fatigué et surtout complètement excité par cette expérience de quelques minutes.
J’ai volé.
Et je revolerai, c’est sûr.
Environs de Genève... vus d'un avion. Juillet 2009.
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jeudi 4 mars 2010
La Vieillesse et la Mort.
.
Lorsque l’on est enfant, la vieillesse et la mort sont des concepts assez abstraits.
On est trop occupé à grandir et se développer pour se soucier en plus de ces choses-là.
Mon premier souvenir d’un signal clair que je n'étais pas éternel date de mes 22 ou 23 ans.
A l’époque, je courrais souvent pour attraper le bus. Parfois même, celui-ci partait sans moi et je continuais à le poursuivre jusqu’à l’arrêt suivant, par défi.
Et un jour, je me suis rendu compte que c’était un peu plus difficile. Le pas était plus lourd, les muscles réagissaient moins vite, le souffle était plus court.
J’ai malgré tout continué à le faire, pensant que la forme reviendrait, mais ça n’a jamais vraiment été le cas.
Avec le temps, j’ai graduellement abandonné cette pratique : si le bus s’arrêtait 200 mètres devant moi, au mieux je pressais le pas, dans l’espoir de l’attraper quand même ; mais sinon… tant pis.
A présent, je ne prends même plus cette peine : je prévois déjà d'attendre le suivant.
Une expérience plus traumatisante concerne la perte des cheveux.
Vers 25 ou 26 ans, j'ai un jour raconté à un client comment un de mes proches amis avait perdu presque tous ses cheveux à vingt ans.
Celui-ci, un brin fataliste, me répondit :
« Bah, on les perd tous un jour. »
- Oui, ben pas moi, lui rétorquai-je un peu vite.
-Toi ? Mais bien sûr que tu les perds !
- Mais non !
- Mais si !
Et sans autre, il jeta un coup d’œil au sommet de mon crâne et confirma avec un sourire gêné:
- Je t’assure que si ; ça se voit nettement.
Sur le moment, je faillis me fâcher, car ce n’était pas drôle, mais… il ne plaisantait pas.
Je changeai donc rapidement de sujet, et classai la chose jusqu’au soir.
De retour à la maison, j’inspectai mon crâne avec l’aide d’un petit miroir.
Parfaitement visible, entre les mèches , je découvris un espace de plusieurs centimètres , complètement dégarni.
Dans la demi-heure qui suivit, je restai couché dans ma chambre, toutes lumières éteintes, à essayer d’assimiler, et surtout accepter, cette réalité nouvelle : je vieillissais.
« C’est le début de la fin. Je vieillis. Je vais mourir. Bon, je ne suis pas encore mort, mais bientôt. Ce n’est qu’une question de temps. »
Je voyais soudainement les années défiler. Je revoyais mes parents, mes grands-parents : j’allais devenir comme eux, et surtout, j’allais connaître le même sort que certains d’entre eux déjà à cette époque: la Mort.
.

St Jean-de-Luz. Juillet 2009.
Lorsque l’on est enfant, la vieillesse et la mort sont des concepts assez abstraits.
On est trop occupé à grandir et se développer pour se soucier en plus de ces choses-là.
Mon premier souvenir d’un signal clair que je n'étais pas éternel date de mes 22 ou 23 ans.
A l’époque, je courrais souvent pour attraper le bus. Parfois même, celui-ci partait sans moi et je continuais à le poursuivre jusqu’à l’arrêt suivant, par défi.
Et un jour, je me suis rendu compte que c’était un peu plus difficile. Le pas était plus lourd, les muscles réagissaient moins vite, le souffle était plus court.
J’ai malgré tout continué à le faire, pensant que la forme reviendrait, mais ça n’a jamais vraiment été le cas.
Avec le temps, j’ai graduellement abandonné cette pratique : si le bus s’arrêtait 200 mètres devant moi, au mieux je pressais le pas, dans l’espoir de l’attraper quand même ; mais sinon… tant pis.
A présent, je ne prends même plus cette peine : je prévois déjà d'attendre le suivant.
Une expérience plus traumatisante concerne la perte des cheveux.
Vers 25 ou 26 ans, j'ai un jour raconté à un client comment un de mes proches amis avait perdu presque tous ses cheveux à vingt ans.
Celui-ci, un brin fataliste, me répondit :
« Bah, on les perd tous un jour. »
- Oui, ben pas moi, lui rétorquai-je un peu vite.
-Toi ? Mais bien sûr que tu les perds !
- Mais non !
- Mais si !
Et sans autre, il jeta un coup d’œil au sommet de mon crâne et confirma avec un sourire gêné:
- Je t’assure que si ; ça se voit nettement.
Sur le moment, je faillis me fâcher, car ce n’était pas drôle, mais… il ne plaisantait pas.
Je changeai donc rapidement de sujet, et classai la chose jusqu’au soir.
De retour à la maison, j’inspectai mon crâne avec l’aide d’un petit miroir.
Parfaitement visible, entre les mèches , je découvris un espace de plusieurs centimètres , complètement dégarni.
Dans la demi-heure qui suivit, je restai couché dans ma chambre, toutes lumières éteintes, à essayer d’assimiler, et surtout accepter, cette réalité nouvelle : je vieillissais.
« C’est le début de la fin. Je vieillis. Je vais mourir. Bon, je ne suis pas encore mort, mais bientôt. Ce n’est qu’une question de temps. »
Je voyais soudainement les années défiler. Je revoyais mes parents, mes grands-parents : j’allais devenir comme eux, et surtout, j’allais connaître le même sort que certains d’entre eux déjà à cette époque: la Mort.
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St Jean-de-Luz. Juillet 2009.
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Mort,
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