Affichage des articles dont le libellé est Perdu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Perdu. Afficher tous les articles

dimanche 11 avril 2010

Progrès marquant

.

Je suis suivi depuis le mois d’octobre dernier par le Dr Isabelle Mornas.
Cette psychothérapie fait suite à deux autres : une avec le Dr André Copernic de juin 2007 à décembre 2008, et une très brève avec le Dr Hélène Jeanneret, de Février à Septembre 2009.
Le Dr Mornas est la première avec laquelle j’ai obtenue un résultat très encourageant.
Pour être juste, les deux premiers médecins ont quand même leur responsabilité dans ce succès. Mais je reste tout de même convaincu que Dr Mornas a été déterminante dans la spectaculaire amélioration de mon état.

Il me semble que plus que les deux premiers, elle a cherché à définir ce qui n’allait pas chez moi, et surtout, elle a apporté des réponses pratiques à mes maux.
Dr Mornas m’a par exemple aidé à mieux structurer mon emploi du temps, chose que Copernic avait déjà tenté, avec un succès très limité.
Elle m’a recommandé d’acheter un agenda au format « cahier d’école », avec les jours pré-inscrits, une page par jour, et d’y noter non seulement les tâches à accomplir, mais aussi de dresser le bilan factuel de chaque journée passée, et aussi le bilan émotionnel : étais-je content de moi, me sentais-je bien, avais-je fait des progrès ?
Pendant plusieurs semaines, j’ai bloqué : je n’ai pas acheté l’agenda, je ne comprenais pas bien ce que je devais y inscrire ou n’arrivais pas à me le rappeler une fois sorti de la consultation.
Le Dr Mornas aurait pu se fâcher de mon manque évident de bonne volonté, comme Jeanneret avant elle qui me reprochait de prendre des notes quand elle me parlait.

Mais non : le Dr Mornas* a été très compréhensive :

« Ce n’est pas grave, on a le temps. Je vous le redirai la prochaine fois.»

J’ai essayé dans un premier temps d’établir ce programme dans le cahier de notes que je possède déjà : ça a très bien fonctionné la première journée, sauf que l'ensemble était devenu illisible, et j’avais rempli quatre pages et non une.
J’ai donc adapté la stratégie du Dr Mornas à un fichier Word, que je garde en permanence sur moi sur une clef USB, sauf… quand j’oublie cette clef au travail ou chez moi ; mais, globalement, ça fonctionne !
J’écris bien « globalement » car, alors que je revois ces lignes, j’ai perdu cette clef chez moi, au moment où je m’organisais pour la journée ! Une seconde sous mes yeux, la suivante introuvable. J’ai encore des progrès à faire.

J’espère bien retrouver cette clef, pour que je puisse amener au Docteur, à la prochaine consultation, un document préparé par mes soins qui dira :

« CERTIFICAT DE CAPACITÉ DÉLIVRÉ PAR SON PATIENT AU DR MORNAS : Nous certifions par ce document que le Dr Mornas est apte à exercer la Médecine, et nous lui sommes reconnaissant des services rendus. Fait ce jour, mardi 13 avril 2010. Avec notre gratitude. L’Hydrocéphale.»
* je corrigerai les incohérence de genre dès que j'aurai résolu l'énigme grammaticale.
 

 Banana Split in Heaven. R.I.P. 11.4.2010. Genève.

mardi 6 avril 2010

Femmes de Fantasmes.

.

La vitrine d’une boutique devant laquelle je passe souvent affiche depuis des semaines un livre d'exception: « Helmut Newton, Sumo », le plus cher jamais produit, d'après la pub.

Le modèle qui illustre sa couverture est une femme qui m’a durablement impressionné il y a plus de 30 ans. Elle est d’abord apparue dans l’édition américaine de « Playboy » avant de poser pour Newton pour sa série « Big Nudes », utilisée ici.

Pendant une période d’un peu plus de 10 ans, de 13 à 25 ans, j’ai été un fan assidu de « Playboy ». D’abord à travers les exemplaires que mon père collectionnait et que je consultais en cachette. Puis de façon autonome, dès que j’ai eu l’âge de les acheter.

La découverte de cette vitrine de magasin a provoqué chez moi un élan nostalgique qui m’a donné envie de retrouver certaines de ces femmes désirées il y a tant d’années. Mais comment faire?
J’ai alors repensé à l’une d'elles : Susan Lynn Kiger, Playmate de Janvier 1977.
J’ai retrouvé des photos d’elle sur internet et c’était comme si je repèrenais contact avec une vieille amie. Elle n’a pas changé. Toujours aussi sportive, gracieuse, provocante. Elle fait toujours du ski. Elle séjourne toujours dans le même chalet où elle aime à se prélasser langoureusement au coin du feu. Elle porte toujours les même bottines invraisemblables en laine tricotée blanche, qu’elle lace et délace sans fin.
Seule sa coiffure me surprend à présent, tellement elle évoque avec le recul celle de Farrah Fawcett à la même époque !
Susan Lynn Kiger. Soupirs…. Tout une époque.
Et tout un univers de désirs et de tourments intimes retrouvés.

Et le modèle de Helmut Newton ? Je n'ai eu aucune difficulté à évoquer aujourd'hui son noble pedigree : Henriette Allais , Playmate du mois de mars 1980.

Ces dernières années, j’ai du mal à me rappeler où je laisse des objets, j’oublie le code d'entrée de mon immeuble, et je suis parfois incapable de me souvenir du nom de personnes de mon entourage.
Mais les alias portés par deux images de papier sur lesquelles je me suis satisfait il y a trois décennies sont gravés à jamais.

.
Genève. Avril 2010.

jeudi 11 mars 2010

Abandon

.

J’ai sept ans. C’est l’été, et à cette époque, les après-midis ensoleillés sont invariablement consacrés à s’ébattre sur une grande plage à l’extérieur de Biarritz, à une vingtaine de kilomètres de notre maison de vacances. Du sable fin et des vagues à perte de vue.

Ce jour-là, j’ai été confié à la garde de ma tante Léontine, et mes cousins Hector et Jules sont mes compagnons de jeu.
Nous terminons de construire des châteaux éphémères mais grandioses quelques mètres à l’écart de notre parasol lorsque ma Tante vient annoncer le départ.
J’ai du sable plein le corps, et je me rue donc vers la mer pour m’en débarrasser.

Que l’eau est fraîche, quel délice !
Couché de tout mon long dans vingt centimètres de bonheur salé, je me mets à rêver à des vacances sans retour, une éternité de châteaux de sable et de bains dans les vagues, ponctuée peut-être par quelques beignets-abricots.
La belle vie !

Mais les rêves n’ont qu’un temps, et je retourne à contrecœur vers le point de ralliement.
Cette rêverie à dû se prolonger quelque peu, car j’ai dépassé l’emplacement de notre parasol et de nos serviettes. Ou alors j’ai dévié de ma course.
Je rebrousse donc chemin, pris d’une légère inquiétude, qui ne cesse de grandir.
Pas de panique !
Notre parasol est bleu et vert, je vais le repérer facilement. Mais je ne vois aucun parasol bleu et vert.
Je cours à présent vers l’endroit où j’imagine que nous étions, et me retrouve bientôt les pieds dans l’eau.
Je ne reconnais plus rien. Je tourne dans toutes les directions, d’abord à la recherche de ce fichu parasol (aucune trace), puis d’un repère familier. Toujours rien.
Même nos châteaux de sable ont mystérieusement fondu, sans nul doute avalés par la marée.

La suite est plus floue: j’ai dû arpenter la plage plusieurs fois dans les deux sens, un coup à gauche puis un autre à droite avant de conclure que j’avais été mystérieusement déporté à une grande distance de mon départ, car je ne reconnais absolument plus rien : aucun individu, aucune des structures qui longent la plage, rien.
Je sais que je me suis finalement résigné à parcourir la plage dans une direction unique, essayant inlassablement de reconstruire les évènements qui ont pu conduire à la disparition totale du parasol, de ma tante et de mes cousins. J’envisage même le pire : j’ai été abandonné!

Et là, c’en est trop pour mon cerveau d’enfant. Il ne me reste qu’une seule ressource, la plus terrible : ouvrir les vannes des pleurs.
Ça a beau être complètement humiliant, c’est la bonne solution.
Un adulte me prend bientôt en pitié, et me conduit vers un surveillant de plage qui lui-même me dirige vers un poste central, où je pleure toujours comme un damné destiné à l’abattoir.
Je ne sais comment, j’ai soudain une énorme glace dans les mains. Je la dévore par grosses lampées, et mes pleurs se calment.

« Tu as perdu ta maman ? » me demande un des messieurs.

« Non, elle est pas là. » (Entre deux reniflements.)

« Ton Papa ? »

« Non, il est pas là. C’est ma Tante Léontine. »

« Tu habites chez ta tante ? »

« Non, chez ma Grand-Mère, Mme Lussac. »

« Ici à Biarritz ? »

« A Saint-Jean-de-Luz .

« Bon, ne t’inquiètes pas, on va les retrouver. »

Là-dessus, un des hommes s’absente, et quand il revient, il m’annonce :

« C’est bon, on l’a eue au téléphone, elle vient te chercher. »

« Vous avez parlé à Grand-Mère ? »

« Non, à ta Tante. »


Elle était rentrée à la maison sans moi.


.
Tournage des "Derniers Jours du Monde" des frères Larrieu sur la Grande Plage de Biarritz. Août 2008.

samedi 20 février 2010

Objets perdus 1: La Calculatrice.

.

Dans mon rêve, je vole.

Je suis un super-héros.
Je suis populaire et les femmes me courtisent.
Et je déborde d’énergie !

+ + + + +

J’ai perdu une calculatrice. Une calculatrice de bureau, avec des grosses touches et un câble secteur.

Je l’ai laissée sur une étagère du salon et c’est donc le premier endroit où j’ai regardé. Comme elle n’y est plus, j’ai vérifié dans mon bureau, sans succès non plus.
Pas de quoi paniquer, mais comme ce genre d’incidents a tendance à se répéter, je commence à décourager.
Tombée derrière le bureau ? Non. Dans la poubelle ? Non plus. Sous une pile de factures ?
Dans la chambre à coucher. Sous le lit. Sur une des diverses commodes. Sur une étagère de la chambre. Ou le rebord de fenêtre. Toujours rien.

Qu’a dit mon médecin ?
« Toujours bien regarder le dernier endroit où vous avez laissé l’objet égaré. »
L’étagère du salon, donc. J’y reviens, mais elle n’y est pas.
La cuisine ? Non. La table du salon ? Non. Une autre étagère ? Je parcours bientôt toutes les étagères, toutes les surfaces où j’aurais pu abandonner cette calculatrice dont j’ai tellement besoin à l’instant.
Ma tête se met à pulser, les vertiges ne sont pas loin.
Et me voilà de retour dans mon bureau, à soulever tous les papiers, à vider la poubelle.

« Toujours bien regarder le dernier endroit… »
L’étagère du salon, j’y reviens, mais il n’y est pas.
Je respire profondément, je m’approche de l’étagère, mains tendues en avant.
Peut-être que si j’arrive à me convaincre que cette calculatrice est là et nulle part ailleurs, elle y réapparaitra.

« Calculatrice, tu es là, je te vois. »
Je me sens un peu bête, mais je suis bête tout seul.
Je ne suis plus qu'à deux pas. Mes mains touchent presque le bois de l’étagère.
Encore un peu, et... Devant mes yeux incrédules, l’objet réapparait.
Je le palpe, enfonce des touches, le retourne.
Il est réapparu.

Aujourd'hui, c’est une calculatrice.
Hier, j’ai perdu une ville.

.