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Jusqu’à 13 ans, j’ai eu un appareil de photo « Kodak Instamatique » que l’on chargeait grâce à une cartouche en plastique rigide dans laquelle le film était stocké roulé à une extrémité et s’enroulait à l’autre.
J’ai aussi brièvement possédé un appareil offert dans le magazine « Pif Gadget », un ancêtre des « jetables » popularisés une vingtaine d’années plus tard. Le procédé était très ingénieux : on achetait en parallèle du magazine une cartouche de film « Kodak » et on y fixait un système mécanique rudimentaire comprenant une lentille plastique, un déclencheur manuel (l’utilisateur évaluait lui-même la vitesse d’obturation) et un enrouleur. Une fois le film finit, on démontait les pièces de la cartouche et on les remontait sur une autre cartouche.
Les résultats obtenus n’étaient guère spectaculaires mais tout-à-fait acceptables pour un usage purement ludique.
Vers 13 ans, ma mère m’offrit mon premier « réflexe », un « Ricoh » avec lequel j’eus une véritable révélation créatrice. Je conserve encore aujourd’hui de nombreuses photos prises avec.
J’ai envisagé à une époque à apprendre à développer moi-même mes photos mais n’ai jamais franchi le pas. Du coup, je dépendais toujours d’un laboratoire professionnel pour faire le travail. J’avais presqu’exclusivement recours au même, à qui je donnais des instructions assez précises de contrastes et de cadrages, mais j’étais rarement satisfait par le résultat.
J’ai ensuite commencé à utiliser un « Polaroïd », dont le procédé de développement immédiat me fascinait. Pendant plusieurs années, je n’ai presque plus utilisé mon « réflex », d’autant moins depuis que mon labo de prédilection avais alors fermé.
C’est aussi dans cette période que j’ai pris l’habitude d’emporter mon Polaroïd partout ou presque avec moi. Ce n’était guère pratique car c’était un appareil relativement encombrant, mais c’est par ce biais que j’ai développé une tendance à prendre des clichés de mon environnement immédiat.
J’ai dû rapporter une fortune en pellicules à la firme à une époque où ses affaires périclitaient par ailleurs. Imaginez : chaque film de 20 poses coûtait dans les 25 FS !
Et pour ce prix, on n’obtenait que des clichés uniques de petite taille, dont la durée de vie était limitée : 5 ans après, ils se sont presque tous évaporés.
Seuls subsistent ceux que j’ai conservés à l’abri de la lumière.
Je suis entré dans l’ère digitale contre mon gré, et le plus tard possible. J’étais à l’époque convaincu qu’il était impossible de faire des photos artistiquement viables avec ce type de support.
Je ne l’utilisais donc que pour des usages professionnels ou pratiques, et seulement petit-à-petit dans une démarche plus esthétique.
A présent, je n’envisage pas de revenir à l’argentique.
Le digital est devenu mon ami.
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Photos prises le jour où j'ai reçu mon premier appareil reflex, en 73 ou 74.
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samedi 26 juin 2010
vendredi 2 avril 2010
L'Hydrocéphale et le Sexe
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Dans le film A SINGLE MAN de Tom Ford que j’ai vu hier, le personnage homosexuel joué par Colin Firth aborde un beau mâle espagnol à la sortie d’une épicerie. Il lui offre une cigarette, les deux hommes engagent la conversation, et assez rapidement, l’un et l’autre prennent conscience de leur attirance sans équivoque.
Je me suis alors demandé si ce chaud latin préférait le Colin aux beurs noirs.
« C’est un peu trop facile » me suis-je dit.
Encore tout imprégné de l'atmosphère sensuelle du film , je suis tombé en arrêt ce soir devant la beauté d’une jeune femme qui attendait son bus. Imaginez Penelope Cruz il y a quelques années. Ou Paz Vega, que je préfère. J'ai écrit Penelope Cruz pour vous aider à mieux comprendre.
Je me suis donc arrêté, et me suis retourné. Elle était effectivement très belle. Et seule. Et elle se languissait d'un gus qui n'arrivait pas.
Et ne fumait pas.
Je n’y songe vraiment que maintenant, mais si elle avait eu une cigarette incandescente à la main, j’aurais soupiré et continué mon chemin. Une femme qui fume ne peut être désirable à mes yeux.
Elle ne fumait pas, était seule et n'attendait probablement que moi, et j’ai... continué mon chemin malgré tout.
Mais comment faire autrement ?
J’ai d’abord imaginé faire comme elle: celui qui attend un transport hypothétique; mais j’aurais dû rebrousser chemin, me présenter à sa hauteur et … lui offrir une cigarette ? Impossible, bien sûr.
Mais peut-être aurais-je pu engager la conversation.
« Vous attendez le bus ? C’est curieux, j’ai soudain eu envie d'en prendre un au hasard. Ça vous dérange si je choisis le même que vous ? »
Quand on veut faire connaissance avec une femme, lui soumettre une proposition où la réponse négative prend un sens positif est une excellente manière de démarrer.
Avec un homme, un tel stratagème est superflu : reportez-vous à A SINGLE MAN.
Il y a quelques mois, une vendeuse d'un magasin de chaussures voisin est venue m’acheter un livre.
J’ai été tétanisé par sa présence. Sûrement une histoire de phéromones, car elle ne m’avait pas fait jusque là autant d'effet.
Elle ressemblait un peu à Scarlett Johansson. Encore plus a Julia Stiles en fait, mais j’ai mis Scarlett Johansson pour la même raison que j’ai écrit Penelope Cruz plus haut.
Peu après, j’ai décidé de donner suite à ce soudain émoi.
Mais comment faire ? Je ne pouvais pas rentrer dans son magasin et lui faire une déclaration d’amour. Et je ne fumais pas non plus à cette époque, c’est désespérant.
J’ai opté de faire semblant d'y chercher un cadeau.
Ça allait se passer comme suit :
Moi : « Bonjour ! »
Elle : « Tiens, c’est vous? »
« C’est toujours aussi calme chez vous ? »
« Non, mais souvent en semaine. Et chez vous ? »
« Non, chez nous, il y a plein de monde ! »
« Mais alors comment faites-vous pour être ici ? »
« J'ai des employés. »
« Vous en avez de la chance. Vous feriez un mari idéal. »
Et tout ça sans avoir recours une seule fois au stratagème de la fausse question négative !
J’avais donc tout bien répété. Il n’y avait plus qu’à y aller.
A ma première tentative, elle était absente. Il y a plusieurs vendeurs, et elle n’ était donc pas là tous les jours.
La fois suivante, mes jambes ont catégoriquement refusé de me laisser entrer.
En plus, il y avait du monde, donc « C’est toujours aussi calme chez vous ? » ne pouvait plus servir.
Un jour suivant, le même phénomène de « lâcher de jambes » s’est produit, malgré le fait que j’avais à présent prévu une alternative idéale à la suite de « Tiens, c’est vous? »
Le surlendemain, j’ai trouvé la solution : je n’avais qu’à approcher du magasin en regardant mes pieds. Une fois à l’intérieur, je ne pourrais plus reculer. C’était mon plan, en tout cas.
Malheureusement, au dernier moment, j’ai levé les yeux par réflexe et poursuivi ma course le long de la vitrine.
J’étais absolument furieux de mon échec, et me suis alors juré que la fois suivante serait la bonne. J’ai donc recommencé, et cette fois-ci : victoire !
Seulement, elle n’était pas là.
Pas de panique, elle s’était peut-être juste absentée. J’ai donc entamé ma visite innocente des lieux. Deux vendeurs discutaient à la caisse. Je m’apprêtais à tout moment à leur expliquer que je cherchais un cadeau, mais ils ne m’ont rien demandé.
J’ai donc fait mon petit tour, en me sentant de plus en plus mal à l’aise à faire semblant d’examiner des chaussures pour lesquels je n’avais aucun désir, et sentant qu’elle ne viendrait pas.
Je suis finalement ressorti en me consolant que l’échec était relatif : je n’avais qu’à réessayer encore.
Mais voilà, le lendemain, c’était trop tôt. Le surlendemain aussi, et elle a ensuite été absente plusieurs jours de suite.
Les jours se sont transformés en semaines et les semaines en mois. Elle n'est pas revenue.
Je pourrais continuer à espérer qu’elle est en congé sabbatique, mais je dois me résoudre à l’évidence : j’ai laissé passer ma chance.
En plus de trente ans de quêtes féminines, j’ai accumulé une somme d’expériences importantes sur le sujet. Et pourtant mon tableau de chasse est plutôt misérable.
Comment font les autres hommes ? Comme Colin Firth dans A SINGLE MAN ?
Biarritz. Août 2008. Omahyra Mota sur le tournage de "Les Derniers Jours du Monde" des frères Larrieu. Elle m'a fait une impression durable. Et elle n'a pas besoin de "ressembler à". Elle est en fait un top modèle très convoité. Et elle est devenue mon amie sur Facebook. Success! :D
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Dans le film A SINGLE MAN de Tom Ford que j’ai vu hier, le personnage homosexuel joué par Colin Firth aborde un beau mâle espagnol à la sortie d’une épicerie. Il lui offre une cigarette, les deux hommes engagent la conversation, et assez rapidement, l’un et l’autre prennent conscience de leur attirance sans équivoque.
Je me suis alors demandé si ce chaud latin préférait le Colin aux beurs noirs.
« C’est un peu trop facile » me suis-je dit.
Encore tout imprégné de l'atmosphère sensuelle du film , je suis tombé en arrêt ce soir devant la beauté d’une jeune femme qui attendait son bus. Imaginez Penelope Cruz il y a quelques années. Ou Paz Vega, que je préfère. J'ai écrit Penelope Cruz pour vous aider à mieux comprendre.
Je me suis donc arrêté, et me suis retourné. Elle était effectivement très belle. Et seule. Et elle se languissait d'un gus qui n'arrivait pas.
Et ne fumait pas.
Je n’y songe vraiment que maintenant, mais si elle avait eu une cigarette incandescente à la main, j’aurais soupiré et continué mon chemin. Une femme qui fume ne peut être désirable à mes yeux.
Elle ne fumait pas, était seule et n'attendait probablement que moi, et j’ai... continué mon chemin malgré tout.
Mais comment faire autrement ?
J’ai d’abord imaginé faire comme elle: celui qui attend un transport hypothétique; mais j’aurais dû rebrousser chemin, me présenter à sa hauteur et … lui offrir une cigarette ? Impossible, bien sûr.
Mais peut-être aurais-je pu engager la conversation.
« Vous attendez le bus ? C’est curieux, j’ai soudain eu envie d'en prendre un au hasard. Ça vous dérange si je choisis le même que vous ? »
Quand on veut faire connaissance avec une femme, lui soumettre une proposition où la réponse négative prend un sens positif est une excellente manière de démarrer.
Avec un homme, un tel stratagème est superflu : reportez-vous à A SINGLE MAN.
Il y a quelques mois, une vendeuse d'un magasin de chaussures voisin est venue m’acheter un livre.
J’ai été tétanisé par sa présence. Sûrement une histoire de phéromones, car elle ne m’avait pas fait jusque là autant d'effet.
Elle ressemblait un peu à Scarlett Johansson. Encore plus a Julia Stiles en fait, mais j’ai mis Scarlett Johansson pour la même raison que j’ai écrit Penelope Cruz plus haut.
Peu après, j’ai décidé de donner suite à ce soudain émoi.
Mais comment faire ? Je ne pouvais pas rentrer dans son magasin et lui faire une déclaration d’amour. Et je ne fumais pas non plus à cette époque, c’est désespérant.
J’ai opté de faire semblant d'y chercher un cadeau.
Ça allait se passer comme suit :
Moi : « Bonjour ! »
Elle : « Tiens, c’est vous? »
« C’est toujours aussi calme chez vous ? »
« Non, mais souvent en semaine. Et chez vous ? »
« Non, chez nous, il y a plein de monde ! »
« Mais alors comment faites-vous pour être ici ? »
« J'ai des employés. »
« Vous en avez de la chance. Vous feriez un mari idéal. »
Et tout ça sans avoir recours une seule fois au stratagème de la fausse question négative !
J’avais donc tout bien répété. Il n’y avait plus qu’à y aller.
A ma première tentative, elle était absente. Il y a plusieurs vendeurs, et elle n’ était donc pas là tous les jours.
La fois suivante, mes jambes ont catégoriquement refusé de me laisser entrer.
En plus, il y avait du monde, donc « C’est toujours aussi calme chez vous ? » ne pouvait plus servir.
Un jour suivant, le même phénomène de « lâcher de jambes » s’est produit, malgré le fait que j’avais à présent prévu une alternative idéale à la suite de « Tiens, c’est vous? »
Le surlendemain, j’ai trouvé la solution : je n’avais qu’à approcher du magasin en regardant mes pieds. Une fois à l’intérieur, je ne pourrais plus reculer. C’était mon plan, en tout cas.
Malheureusement, au dernier moment, j’ai levé les yeux par réflexe et poursuivi ma course le long de la vitrine.
J’étais absolument furieux de mon échec, et me suis alors juré que la fois suivante serait la bonne. J’ai donc recommencé, et cette fois-ci : victoire !
Seulement, elle n’était pas là.
Pas de panique, elle s’était peut-être juste absentée. J’ai donc entamé ma visite innocente des lieux. Deux vendeurs discutaient à la caisse. Je m’apprêtais à tout moment à leur expliquer que je cherchais un cadeau, mais ils ne m’ont rien demandé.
J’ai donc fait mon petit tour, en me sentant de plus en plus mal à l’aise à faire semblant d’examiner des chaussures pour lesquels je n’avais aucun désir, et sentant qu’elle ne viendrait pas.
Je suis finalement ressorti en me consolant que l’échec était relatif : je n’avais qu’à réessayer encore.
Mais voilà, le lendemain, c’était trop tôt. Le surlendemain aussi, et elle a ensuite été absente plusieurs jours de suite.
Les jours se sont transformés en semaines et les semaines en mois. Elle n'est pas revenue.
Je pourrais continuer à espérer qu’elle est en congé sabbatique, mais je dois me résoudre à l’évidence : j’ai laissé passer ma chance.
En plus de trente ans de quêtes féminines, j’ai accumulé une somme d’expériences importantes sur le sujet. Et pourtant mon tableau de chasse est plutôt misérable.
Comment font les autres hommes ? Comme Colin Firth dans A SINGLE MAN ?
Biarritz. Août 2008. Omahyra Mota sur le tournage de "Les Derniers Jours du Monde" des frères Larrieu. Elle m'a fait une impression durable. Et elle n'a pas besoin de "ressembler à". Elle est en fait un top modèle très convoité. Et elle est devenue mon amie sur Facebook. Success! :D
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samedi 6 mars 2010
Mémoire fuyante.
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Lorsque j’avais 20-25 ans, je prenais un malin plaisir à mémoriser une multitude d’informations, notamment sur le Cinéma.
Je connaissais la filmographie de tous les acteurs, même les plus secondaires, des metteurs en scène, des producteurs, des directeurs de la photo, des décorateurs, etc…
Puis, arrivé à la trentaine, j’ai remarqué que parfois j’avais du mal à formuler certains titres de films un peu obscurs, ou des personnalités dont on ne parlait pas forcément tous les jours.
Quelques années plus tard, vers 40 ans, je me suis un jour remémoré des films que j’avais beaucoup aimé des années plus tôt, et je me suis rendu compte que j’étais totalement incapable de me rappeler les noms de leurs réalisateurs !
C’était particulièrement inquiétant pour moi, car il ne s’agissait pas là d’informations d’importance secondaire, mais d’éléments qui définissaient mon identité culturelle intime.
Pour information, ces fameux metteurs en scène oubliés étaient John Landis, dont j’avais adoré « The Kentucky Fried Movie », « Animal House », « The American Werewolf in London », et « Into The Night » (tous vus entre 1978 et 1985), et David Lynch pour lequel j’avais conçu une véritable obsession à l’époque de « Twin Peaks » (entre 1989 et 1992).
(Note : Je me suis aidé ici en consultant imdb.com pour les titres et les dates ! ;) )
A partir de cette période, mes oublis ont pris d’autres formes: plusieurs fois, en rentrant chez moi, j'ai été incapable de me rappeler le code de mon immeuble. J'ai fini une fois par tapoter le clavier de manière aléatoire, jusqu’à ce que ma main retrouve le souvenir physique des emplacements.
Depuis cette période, ce code est inscrit dans un agenda qui ne me quitte jamais.
Un jour, en classant des papiers bancaires, j'ai découvert la trace d’un retrait important opéré sur mon compte personnel deux mois plus tôt.
Comme je n’en gardais aucun souvenir, j’ai conclu que je ne l’avais jamais effectué.
Je me suis donc rendu à ma banque pour éclaircir cet incident potentiellement frauduleux et, face à ma détermination, le caissier a produit une copie du retrait, portant ma signature.
Sur le coup, j’ai accusé la Banque d’avoir fabriqué un faux, avant de faire marche arrière, soudain conscient de l’invraisemblance de cette accusation.
Dans les jours qui ont suivi, j'ai continuai à ruminer cette histoire, cherchant à rétablir la probable continuité des évènements qui avaient justifié ce retrait.
J'ai fini par retrouver un reçu postal qui attestait d’un paiement effectué le même jour pour une somme quasi équivalente.
Je n’en gardais toujours aucun souvenir, sinon… vaguement le sentiment d’avoir récemment attendu à la Poste avec une grosse somme en poche.
Un dernier incident déterminent eut lieu à mon magasin : je reçois depuis des années la visite quasi-hebdomadaire d’un ancien employé que je considère presque comme un ami, et un jour je l'ai salué comme à l’accoutumée, sauf… que j’étais incapable de me rappeler son nom. Pour me couvrir, j’ai donc enchainé mon « Salut…. » par «… Charles ? Victor ? Édouard ? Marcel ? Daniel ? Pierre ? Jean… » et j'ai remarqué que son expression à chané lorsque j'ai dit « Marcel ». J'ai donc dès lors su qu’il s’appelait bien Marcel.
Je me suis empressé de lui expliquer que j’étais sujet depuis quelques temps à des trous de mémoires et que je n’étais pas en train de lui monter un canular.
Nous avons continué à bavarder de choses et d’autres pendant un quart d’heure, et pendant tout cet échange, je répétais dans ma tête : « Marcel… Marcel…. Marcel» en associant ce prénom à la personne que j’avais devant moi… et ça ne connectait toujours pas.
Plus tard dans la soirée, j’ai renouvelé mentalement l’exercice, et tout doucement, ça a commencé à revenir.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai décidé de m'occuper sérieusement de ce problème.
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Ile Rousseau, Genève. Décembre 2007.
Lorsque j’avais 20-25 ans, je prenais un malin plaisir à mémoriser une multitude d’informations, notamment sur le Cinéma.
Je connaissais la filmographie de tous les acteurs, même les plus secondaires, des metteurs en scène, des producteurs, des directeurs de la photo, des décorateurs, etc…
Puis, arrivé à la trentaine, j’ai remarqué que parfois j’avais du mal à formuler certains titres de films un peu obscurs, ou des personnalités dont on ne parlait pas forcément tous les jours.
Quelques années plus tard, vers 40 ans, je me suis un jour remémoré des films que j’avais beaucoup aimé des années plus tôt, et je me suis rendu compte que j’étais totalement incapable de me rappeler les noms de leurs réalisateurs !
C’était particulièrement inquiétant pour moi, car il ne s’agissait pas là d’informations d’importance secondaire, mais d’éléments qui définissaient mon identité culturelle intime.
Pour information, ces fameux metteurs en scène oubliés étaient John Landis, dont j’avais adoré « The Kentucky Fried Movie », « Animal House », « The American Werewolf in London », et « Into The Night » (tous vus entre 1978 et 1985), et David Lynch pour lequel j’avais conçu une véritable obsession à l’époque de « Twin Peaks » (entre 1989 et 1992).
(Note : Je me suis aidé ici en consultant imdb.com pour les titres et les dates ! ;) )
A partir de cette période, mes oublis ont pris d’autres formes: plusieurs fois, en rentrant chez moi, j'ai été incapable de me rappeler le code de mon immeuble. J'ai fini une fois par tapoter le clavier de manière aléatoire, jusqu’à ce que ma main retrouve le souvenir physique des emplacements.
Depuis cette période, ce code est inscrit dans un agenda qui ne me quitte jamais.
Un jour, en classant des papiers bancaires, j'ai découvert la trace d’un retrait important opéré sur mon compte personnel deux mois plus tôt.
Comme je n’en gardais aucun souvenir, j’ai conclu que je ne l’avais jamais effectué.
Je me suis donc rendu à ma banque pour éclaircir cet incident potentiellement frauduleux et, face à ma détermination, le caissier a produit une copie du retrait, portant ma signature.
Sur le coup, j’ai accusé la Banque d’avoir fabriqué un faux, avant de faire marche arrière, soudain conscient de l’invraisemblance de cette accusation.
Dans les jours qui ont suivi, j'ai continuai à ruminer cette histoire, cherchant à rétablir la probable continuité des évènements qui avaient justifié ce retrait.
J'ai fini par retrouver un reçu postal qui attestait d’un paiement effectué le même jour pour une somme quasi équivalente.
Je n’en gardais toujours aucun souvenir, sinon… vaguement le sentiment d’avoir récemment attendu à la Poste avec une grosse somme en poche.
Un dernier incident déterminent eut lieu à mon magasin : je reçois depuis des années la visite quasi-hebdomadaire d’un ancien employé que je considère presque comme un ami, et un jour je l'ai salué comme à l’accoutumée, sauf… que j’étais incapable de me rappeler son nom. Pour me couvrir, j’ai donc enchainé mon « Salut…. » par «… Charles ? Victor ? Édouard ? Marcel ? Daniel ? Pierre ? Jean… » et j'ai remarqué que son expression à chané lorsque j'ai dit « Marcel ». J'ai donc dès lors su qu’il s’appelait bien Marcel.
Je me suis empressé de lui expliquer que j’étais sujet depuis quelques temps à des trous de mémoires et que je n’étais pas en train de lui monter un canular.
Nous avons continué à bavarder de choses et d’autres pendant un quart d’heure, et pendant tout cet échange, je répétais dans ma tête : « Marcel… Marcel…. Marcel» en associant ce prénom à la personne que j’avais devant moi… et ça ne connectait toujours pas.
Plus tard dans la soirée, j’ai renouvelé mentalement l’exercice, et tout doucement, ça a commencé à revenir.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai décidé de m'occuper sérieusement de ce problème.
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Ile Rousseau, Genève. Décembre 2007.
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