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jeudi 8 avril 2010

Serial Poinçonneur.

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J’ai repris contact avec Jérémie, un ami que j’avais quelque peu perdu de vue depuis longtemps.
Il y a une quinzaine d’années, il avait eu un retard de quelques minutes à un de nos rendez-vous, et pour le justifier, il m’avait raconté avoir séduit en chemin une inconnue dans le sous-sol de la gare. Mais séduit…. Séduit ? Oui, l’euphémisme habituel pour  « baisé ».
Je n’y avais pas vraiment cru, mais l’image de ce « single man » qui se « tape » des inconnues sur le chemin de ses rendez-vous m’avait marquée.
« Et alors, lui ai-je demandé l’autre jour, tu te fais toujours des nanas dans les toilettes de la gare ? »
Rires.
« Non, m’a-t-il répondu, mais il m’est arrivé autre chose récemment. Je devais passer par là pour rentrer chez moi, c’était tard le soir et il pleuvait.
Je préfère normalement éviter le sous-sol, mais comme je n’avais pas de parapluie, j’ai choisi cette voie.
Dès que j’y m’y suis retrouvé, j’ai pris peur et, machinalement, j’ai empoigné un couteau que j’avais ce jour-là dans la poche. De loin, j’ai vu arriver un groupe de jeunes vraiment pas rassurants, et au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient, ils se sont mis en formation de flèche, qui pointait dans ma direction.
Arrivé à ma hauteur, le « chef » me menace sans autre : « Tu sors pas d’ici sans me filer 100 balles ! » J’ai serré le couteau plus fort, et avec un sourire narquois, je lui ai lancé : « T’as la monnaie sur 200 ? » et là-dessus, je lui plante le couteau dans l’estomac ! Ils ont tous déguerpi à la seconde. »
Comme dit la chanson : « Des petits trous, toujours des petits trous… »

 Genève. Avril 2009.

samedi 6 mars 2010

Mémoire fuyante.

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Lorsque j’avais 20-25 ans, je prenais un malin plaisir à mémoriser une multitude d’informations, notamment sur le Cinéma.
Je connaissais la filmographie de tous les acteurs, même les plus secondaires, des metteurs en scène, des producteurs, des directeurs de la photo, des décorateurs, etc…
Puis, arrivé à la trentaine, j’ai remarqué que parfois j’avais du mal à formuler certains titres de films un peu obscurs, ou des personnalités dont on ne parlait pas forcément tous les jours.
Quelques années plus tard, vers 40 ans, je me suis un jour remémoré des films que j’avais beaucoup aimé des années plus tôt, et je me suis rendu compte que j’étais totalement incapable de me rappeler les noms de leurs réalisateurs !
C’était particulièrement inquiétant pour moi, car il ne s’agissait pas là d’informations d’importance secondaire, mais d’éléments qui définissaient mon identité culturelle intime.
Pour information, ces fameux metteurs en scène oubliés étaient John Landis, dont j’avais adoré « The Kentucky Fried Movie », « Animal House », « The American Werewolf in London », et « Into The Night » (tous vus entre 1978 et 1985), et David Lynch pour lequel j’avais conçu une véritable obsession à l’époque de « Twin Peaks » (entre 1989 et 1992).
(Note : Je me suis aidé ici en consultant imdb.com pour les titres et les dates ! ;) )

A partir de cette période, mes oublis ont pris d’autres formes: plusieurs fois, en rentrant chez moi, j'ai été incapable de me rappeler le code de mon immeuble. J'ai fini une fois par tapoter le clavier de manière aléatoire, jusqu’à ce que ma main retrouve le souvenir physique des emplacements.
Depuis cette période, ce code est inscrit dans un agenda qui ne me quitte jamais.

Un jour, en classant des papiers bancaires, j'ai découvert la trace d’un retrait important opéré sur mon compte personnel deux mois plus tôt.
Comme je n’en gardais aucun souvenir, j’ai conclu que je ne l’avais jamais effectué.
Je me suis donc rendu à ma banque pour éclaircir cet incident potentiellement frauduleux et, face à ma détermination, le caissier a produit une copie du retrait, portant ma signature.
Sur le coup, j’ai accusé la Banque d’avoir fabriqué un faux, avant de faire marche arrière, soudain conscient de l’invraisemblance de cette accusation.
Dans les jours qui ont suivi, j'ai continuai à ruminer cette histoire, cherchant à rétablir la probable continuité des évènements qui avaient justifié ce retrait.
J'ai fini par retrouver un reçu postal qui attestait d’un paiement effectué le même jour pour une somme quasi équivalente.
Je n’en gardais toujours aucun souvenir, sinon… vaguement le sentiment d’avoir récemment attendu à la Poste avec une grosse somme en poche.

Un dernier incident déterminent eut lieu à mon magasin : je reçois depuis des années la visite quasi-hebdomadaire d’un ancien employé que je considère presque comme un ami, et un jour je l'ai salué comme à l’accoutumée, sauf… que j’étais incapable de me rappeler son nom. Pour me couvrir, j’ai donc enchainé mon « Salut…. » par «… Charles ? Victor ? Édouard ? Marcel ? Daniel ? Pierre ? Jean… » et j'ai remarqué que son expression à chané lorsque j'ai dit « Marcel ». J'ai donc dès lors su qu’il s’appelait bien Marcel.
Je me suis empressé de lui expliquer que j’étais sujet depuis quelques temps à des trous de mémoires et que je n’étais pas en train de lui monter un canular.
Nous avons continué à bavarder de choses et d’autres pendant un quart d’heure, et pendant tout cet échange, je répétais dans ma tête : « Marcel… Marcel…. Marcel» en associant ce prénom à la personne que j’avais devant moi… et ça ne connectait toujours pas.
Plus tard dans la soirée, j’ai renouvelé mentalement l’exercice, et tout doucement, ça a commencé à revenir.

C’est à partir de ce jour-là que j’ai décidé de m'occuper sérieusement de ce problème.
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Ile Rousseau, Genève. Décembre 2007.