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La vitrine d’une boutique devant laquelle je passe souvent affiche depuis des semaines un livre d'exception: « Helmut Newton, Sumo », le plus cher jamais produit, d'après la pub.
Le modèle qui illustre sa couverture est une femme qui m’a durablement impressionné il y a plus de 30 ans. Elle est d’abord apparue dans l’édition américaine de « Playboy » avant de poser pour Newton pour sa série « Big Nudes », utilisée ici.
Pendant une période d’un peu plus de 10 ans, de 13 à 25 ans, j’ai été un fan assidu de « Playboy ». D’abord à travers les exemplaires que mon père collectionnait et que je consultais en cachette. Puis de façon autonome, dès que j’ai eu l’âge de les acheter.
La découverte de cette vitrine de magasin a provoqué chez moi un élan nostalgique qui m’a donné envie de retrouver certaines de ces femmes désirées il y a tant d’années. Mais comment faire?
J’ai alors repensé à l’une d'elles : Susan Lynn Kiger, Playmate de Janvier 1977.
J’ai retrouvé des photos d’elle sur internet et c’était comme si je repèrenais contact avec une vieille amie. Elle n’a pas changé. Toujours aussi sportive, gracieuse, provocante. Elle fait toujours du ski. Elle séjourne toujours dans le même chalet où elle aime à se prélasser langoureusement au coin du feu. Elle porte toujours les même bottines invraisemblables en laine tricotée blanche, qu’elle lace et délace sans fin.
Seule sa coiffure me surprend à présent, tellement elle évoque avec le recul celle de Farrah Fawcett à la même époque !
Susan Lynn Kiger. Soupirs…. Tout une époque.
Et tout un univers de désirs et de tourments intimes retrouvés.
Et le modèle de Helmut Newton ? Je n'ai eu aucune difficulté à évoquer aujourd'hui son noble pedigree : Henriette Allais , Playmate du mois de mars 1980.
Ces dernières années, j’ai du mal à me rappeler où je laisse des objets, j’oublie le code d'entrée de mon immeuble, et je suis parfois incapable de me souvenir du nom de personnes de mon entourage.
Mais les alias portés par deux images de papier sur lesquelles je me suis satisfait il y a trois décennies sont gravés à jamais.
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Genève. Avril 2010.
mardi 6 avril 2010
dimanche 4 avril 2010
La Vieillesse et la Mort 2.
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Au début des années 90, ma mère a été soignée pour une dépendance à l’alcool et aux médicaments, et pour des crises maniacodépressives, une tendance chronique à passer d’états euphoriques à la dépression. Elle a été suivie dans un centre médicalisé pendant un peu plus d'un mois.
Suite à ce traitement, elle n’a plus fait de crises importantes, mais elle s'est retrouvée plus ralentie, moins vive, moins créatrice. Elle avait fait de la photo pendant des années, beaucoup écrit aussi.
Elle a continué à vivre de manière autonome, et ne nous occasionna, à mes deux sœurs et moi, plus de soucis comparables à ceux qui ont précédé sont bref internement.
Cependant, à partir de la fin des années 90 et surtout du début des années 2000, nous avons commencé à remarquer des éléments légèrement inquiétants dans son comportement.
Pendant l’été 2000, par exemple, lorsque j’arrivai à St Jean-de-Luz pour des vacances dans la maison familiale, elle nous accueillit, moi et ma compagne du moment, Estelle, non pas avec un « Bienvenue, avez-vous fait bon voyage ? » mais avec un « Quand est-ce vous partez ? » Et elle réitéra cette question pendant tout le séjour, plusieurs fois par jour, tous les jours.
Pendant ce même séjour, je remarquai que ces réflexes au volant étaient sensiblement ralentis : elle s’arrêtait souvent après un « stop » ou un feu et redémarrait avec du retard. A tel point que je proposai de prendre le volant les fois suivantes.
Par la suite, mes sœurs et moi, nous remarquâmes que le menu des dîners dominicaux avaient tendance à se répéter, et certaines fois, notre mère commettait des erreurs grossières, surcuisait le riz, ou mettait beaucoup trop de sel, ce genre de choses.
Un jour, elle eut un accident de voiture, l’état de sa voiture en attestait, et elle fut incapable d’expliquer où et quand il avait eu lieu.
Ma sœur aînée, Monique, qui est psychiatre, décida de lui faire passer une évaluation neuropsychologique.
Les résultats mirent à jour un état de démence avancé, et des examens neurologiques plus poussés une maladie de type Alzheimer.
Ce qui m’intrigua, lorsque je pris connaissance des questions posées lors du test neuropsychologique, c’est que je n’étais pas certain que je réussirais moi-même à répondre correctement à toutes les questions si elles m’étaient posées.
De plus, à cette époque, j’avais moi aussi été sujet à des absences, des trous de mémoires et des fatigues importantes.
J’ai finalement décidé de consulter un neurologue en juillet 2004, le Docteur Gunaz.
Après avoir écouté mes doléances, il me fit passer quelques tests basiques : marcher sur une ligne droite, effectuer des gestes nécessitant une certaine coordination ou une certaine agilité, suivre son doigt du regard, et…. Il en conclut :
« Je ne détecte aucun signe particulier qui confirme vos plaintes. Pour moi, votre état est tout à fait satisfaisant.
- Vous ne pensez pas que je devrais subir d’autres tests ?
- Vous voulez subir d’autres tests ? Quel genre ?"
Je lui fis part de l’histoire de ma mère et de son test neuropsychologique.
« Vous pensez à un neuropsychologue particulier ?
Je lui dis que non, mais j’aimerais subir ce test dès que possible. Il me fournit une liste de trois personnes à contacter.
Dix jours plus tard, je me retrouvai chez l’une d’elles, Carla Berni, qui me fit subir un test d’une durée d’une heure trente, consistant en des séries de questions évaluant ma mémoire verbale, visuelle, à court terme, à plus long terme. Elle me fit aussi effectuer différentes opérations, de complexités diverses, des exercices nécessitant une concentration prolongée. Elle me soumit un dessin constitué de formes géométriques simples qui, par certains aspects, faisait penser à une maison et par d’autres, n’avait plus de logique : des « fenêtres » placées de manière aléatoire et de formes impossibles, une « onde » qui partait d’un des côtés et se terminait par un râteau, ce genre de choses….
Je réclamai une pause après environ quarante minutes, puis une autre vingt minutes plus tard.
A la fin des tests, j’étais complètement épuisé : j’avais avalé une plaque entière de chocolat noir pendant les deux pauses et je pris deux aspirines avant de pouvoir entendre ses premières conclusions.
« Alors, comment je m’en suis tiré ?
- Pas trop mal.
- Mais encore ?
- Les résultats ne sont pas globalement alarmants, la plupart tout de même un peu en dessous de la moyenne pour un individu de votre âge. Il y en a néanmoins un ou deux qui méritent une attention particulière.
- C’est-à-dire ?
- Je vais être franche avec vous. Ces symptômes que vous avez mentionnés, ces absences, ces fatigues soudaines, celles que vous avez ressenties pendant ce test, ressemblent à des accidents cérébraux à répétitions. Des accidents mineurs, mais qui justifient à mon avis de vous faire subir au plus vite un IRM. Est-ce que votre neurologue vous en a commandé un ? »
Je fis non de la tête. Elle ne réussit pas une réprimer une surprise que j’interprétai comme : « Curieux neurologue. »
« Mais… ces accidents… je peux en mourir, non ? »
- Pas nécessairement. Je ne suis pas neurologue, vous savez. C’est à votre médecin de déterminer ce genre de choses.
- Mais vous disiez que mon état n’était pas grave…
- Et il ne l’est sans doute pas. Simplement, vous avez un cerveau plus fatigué qu’il ne devrait. La moyenne de vos résultats correspond à quelqu’un d’un peu plus âgé que vous.
- De combien ?
- Vous avez le cerveau d’un homme de soixante ans.
J’en avais quarante-cinq.
En arrivant au test, je pensais en avoir toujours trente ou trente-cinq.
J’ai pris vingt-cinq ans d’un coup.
.
Genève. Juin 2008.
Au début des années 90, ma mère a été soignée pour une dépendance à l’alcool et aux médicaments, et pour des crises maniacodépressives, une tendance chronique à passer d’états euphoriques à la dépression. Elle a été suivie dans un centre médicalisé pendant un peu plus d'un mois.
Suite à ce traitement, elle n’a plus fait de crises importantes, mais elle s'est retrouvée plus ralentie, moins vive, moins créatrice. Elle avait fait de la photo pendant des années, beaucoup écrit aussi.
Elle a continué à vivre de manière autonome, et ne nous occasionna, à mes deux sœurs et moi, plus de soucis comparables à ceux qui ont précédé sont bref internement.
Cependant, à partir de la fin des années 90 et surtout du début des années 2000, nous avons commencé à remarquer des éléments légèrement inquiétants dans son comportement.
Pendant l’été 2000, par exemple, lorsque j’arrivai à St Jean-de-Luz pour des vacances dans la maison familiale, elle nous accueillit, moi et ma compagne du moment, Estelle, non pas avec un « Bienvenue, avez-vous fait bon voyage ? » mais avec un « Quand est-ce vous partez ? » Et elle réitéra cette question pendant tout le séjour, plusieurs fois par jour, tous les jours.
Pendant ce même séjour, je remarquai que ces réflexes au volant étaient sensiblement ralentis : elle s’arrêtait souvent après un « stop » ou un feu et redémarrait avec du retard. A tel point que je proposai de prendre le volant les fois suivantes.
Par la suite, mes sœurs et moi, nous remarquâmes que le menu des dîners dominicaux avaient tendance à se répéter, et certaines fois, notre mère commettait des erreurs grossières, surcuisait le riz, ou mettait beaucoup trop de sel, ce genre de choses.
Un jour, elle eut un accident de voiture, l’état de sa voiture en attestait, et elle fut incapable d’expliquer où et quand il avait eu lieu.
Ma sœur aînée, Monique, qui est psychiatre, décida de lui faire passer une évaluation neuropsychologique.
Les résultats mirent à jour un état de démence avancé, et des examens neurologiques plus poussés une maladie de type Alzheimer.
Ce qui m’intrigua, lorsque je pris connaissance des questions posées lors du test neuropsychologique, c’est que je n’étais pas certain que je réussirais moi-même à répondre correctement à toutes les questions si elles m’étaient posées.
De plus, à cette époque, j’avais moi aussi été sujet à des absences, des trous de mémoires et des fatigues importantes.
J’ai finalement décidé de consulter un neurologue en juillet 2004, le Docteur Gunaz.
Après avoir écouté mes doléances, il me fit passer quelques tests basiques : marcher sur une ligne droite, effectuer des gestes nécessitant une certaine coordination ou une certaine agilité, suivre son doigt du regard, et…. Il en conclut :
« Je ne détecte aucun signe particulier qui confirme vos plaintes. Pour moi, votre état est tout à fait satisfaisant.
- Vous ne pensez pas que je devrais subir d’autres tests ?
- Vous voulez subir d’autres tests ? Quel genre ?"
Je lui fis part de l’histoire de ma mère et de son test neuropsychologique.
« Vous pensez à un neuropsychologue particulier ?
Je lui dis que non, mais j’aimerais subir ce test dès que possible. Il me fournit une liste de trois personnes à contacter.
Dix jours plus tard, je me retrouvai chez l’une d’elles, Carla Berni, qui me fit subir un test d’une durée d’une heure trente, consistant en des séries de questions évaluant ma mémoire verbale, visuelle, à court terme, à plus long terme. Elle me fit aussi effectuer différentes opérations, de complexités diverses, des exercices nécessitant une concentration prolongée. Elle me soumit un dessin constitué de formes géométriques simples qui, par certains aspects, faisait penser à une maison et par d’autres, n’avait plus de logique : des « fenêtres » placées de manière aléatoire et de formes impossibles, une « onde » qui partait d’un des côtés et se terminait par un râteau, ce genre de choses….
Je réclamai une pause après environ quarante minutes, puis une autre vingt minutes plus tard.
A la fin des tests, j’étais complètement épuisé : j’avais avalé une plaque entière de chocolat noir pendant les deux pauses et je pris deux aspirines avant de pouvoir entendre ses premières conclusions.
« Alors, comment je m’en suis tiré ?
- Pas trop mal.
- Mais encore ?
- Les résultats ne sont pas globalement alarmants, la plupart tout de même un peu en dessous de la moyenne pour un individu de votre âge. Il y en a néanmoins un ou deux qui méritent une attention particulière.
- C’est-à-dire ?
- Je vais être franche avec vous. Ces symptômes que vous avez mentionnés, ces absences, ces fatigues soudaines, celles que vous avez ressenties pendant ce test, ressemblent à des accidents cérébraux à répétitions. Des accidents mineurs, mais qui justifient à mon avis de vous faire subir au plus vite un IRM. Est-ce que votre neurologue vous en a commandé un ? »
Je fis non de la tête. Elle ne réussit pas une réprimer une surprise que j’interprétai comme : « Curieux neurologue. »
« Mais… ces accidents… je peux en mourir, non ? »
- Pas nécessairement. Je ne suis pas neurologue, vous savez. C’est à votre médecin de déterminer ce genre de choses.
- Mais vous disiez que mon état n’était pas grave…
- Et il ne l’est sans doute pas. Simplement, vous avez un cerveau plus fatigué qu’il ne devrait. La moyenne de vos résultats correspond à quelqu’un d’un peu plus âgé que vous.
- De combien ?
- Vous avez le cerveau d’un homme de soixante ans.
J’en avais quarante-cinq.
En arrivant au test, je pensais en avoir toujours trente ou trente-cinq.
J’ai pris vingt-cinq ans d’un coup.
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Genève. Juin 2008.
samedi 3 avril 2010
L'Hydrocéphale et le Sexe 2.
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Il y a près de trente ans, la scène de la jeune femme dans la vitrine a déjà été jouée.
En ce temps là, en 82, je passais tous les jours devant un magasin de chaussures pour me rendre à mon travail, une librairie de BD.
Un autre magasin de chaussures et une autre librairie de BD.
Deux jeunes femmes y travaillaient, dont l’une, Tania, m’avait tapé dans l’œil. Et elle était blonde.
Je lui souriais et elle me souriait en retour. Je la saluais et elle me saluait. Une ou deux fois, j’avais dû m’arrêter sur le pas de sa porte pour échanger deux trois mots.
Le rez de la librairie où je travaillais était tenu par un ami, Albert.
J’avais pour ma part la responsabilité du 1er étage, bien plus vaste mais séparé du rez et donc de la rue par un escalier étroit et raide. Malgré une surface double, j’avais nettement moins de fréquentation que mon collègue en bas.
Je demeurais donc en journée dans mon petit royaume bien distinct, un peu retiré du monde, un peu solitaire.
Mais un jour j’ai reçu une visite surprenante, celle de ma voisine Tania. Elle venait utiliser les toilettes, son lieu de travail en étant dépourvu.
Elle réapparut assez rapidement s’attarda pour bavarder avec moi.
Elle m’avoua plus tard que cette visite sanitaire était un prétexte mieux faire ma connaissance.
Nous étions à ce stade déjà familier l’un avec l’autre, mais sans plus.
Elle me posa des questions sur mon domaine, et je dus lui dire que j’enviais un peu la position de mon copain du rez, sur quoi, elle me déclara :
« Je ne l’aime pas tellement.
- Ah bon ? Et pourquoi ? Il est sympa.
- Non, je le trouve bizarre. Bon, je le connais à peine, mais je te préfère toi.
Boum.
Il ne m’en fallut pas plus pour que je lui propose d’aller boire un verre plus tard. J’appris bientôt qu’elle avait un copain, Claude, avec lequel elle habitait.
Ce fut bien sûr une déception pour moi, mais je n’étais pas encore réellement amoureux d’elle. Je la trouvais jolie, très sympa, de contact facile, intéressante. Nous arrivions à discuter des heures, ou des demi-heures pour être juste, sans jamais nous lasser. Alors bien sûr j’étais un peu déçu, mais elle me fit cette révélation suffisamment tôt et le traumatisme ne fut pas majeur.
Et pour être juste, à l’époque j’avais des vues sur quelqu'un d'autre, donc ce n’était pas la fin du monde.
Je pus nous imaginer devenir bons amis à la longue, et cette vision, bien que légèrement frustrante, ne me peina pas.
Un jour d’été, elle me proposa de venir dîner chez elle. Son copain et elle habitait un studio dans une maison de village de la campagne genevoise, et il serait absent ce soir-là. Il voyageait beaucoup pour son travail.
Et pour qu’il n’y ait aucun malentendu, elle me fit venir tôt. Ainsi, je pourrai rentrer chez moi à une heure tout-à-fait convenable.
La soirée fut charmante et détendue. Elle avait préparé une délicieuse salade, nous avons bu un peu de vin, mangé du gâteau au chocolat que j’avais apporté et bavardé comme à notre habitude, laissant le temps filer presque sans en avoir conscience. Je dis presque, parce que de temps en temps, je vérifiais discrètement ma montre, me demandant à quel moment il serait opportun de prendre congé de la charmante demoiselle.
Vingt et une heure passa sans que nous ne le sachions, vingt deux heures sonna à l’église du village, puis vingt trois heures. Et là, je pris une profonde inspiration pour lui annoncer que je devais rentrer.
« Tu es venu avec le bus ?
- Non, en vélomoteur.
- En vélomoteur ? Mais tu es fou, ce n’est vraiment pas sûr, par ces routes sombres. Je ne peux pas te laisser rentrer en vélomoteur. Prends le bus.
Je trouvais l’idée vraiment curieuse, car j’avais déjà parcouru des distances plus longues, sur des routes bien plus périlleuses, également de nuit, mais je décidai de ne pas la contrarier.
Le dernier bus passait dans quinze minutes, donc j’avais largement le temps de réunir mes affaires pour l'attraper, mais elle tint à conclure élégamment notre conversation, l’alimentant même de nouveaux éléments, jusqu’à ce que finalement je lui annonce :
« J’ai loupé le dernier bus.
- Certes. Écoutes, voilà ce que je te propose. Tu peux rester dormir ici. Je préfère, vraiment. Je te prête un pyjama de Claude, voilà une brosse à dents, et tu peux aller te doucher et te changer à côté, qu’en dis-tu ?
J’ai dit… d’accord, bien sûr, mais « dormir ici », ça voulait forcément dire… dormir dans le même lit, car il n’y en avait pas d’autre, et pas de canapé, et une seule pièce.
Alors que je me douchais et me brossais les dents dans la salle de bain attenante, mon corps tout entier a été parcouru d’ondes électriques : j’avais à peine songé à la chose jusque là, mais il ne faisait absolument aucun doute que Tania, la diablesse, m’avait attiré dans un traquenard, un si doux traquenard, et dans quelques minutes, j’allais coucher avec elle.
Ça serait aussi, l’ai-je précisé ? Ma première fois, ma toute première fois.
O boy, o boy, o boy…
En même temps, je n’étais pas sur paniqué : je l’aimais sincèrement, je savais qu’elle m’aimait bien, le copain Claude à ce stade… Où en étais-je ? Ah oui : j’aimais Tania, elle m’aimait, j’avais confiance en elle, elle ne me couvrirait pas de ridicule si je la décevais par mon manque d’expérience.
Donc, aucun doute dans mon esprit : « Fonce, Marcel. »
Je ne sais comment, mais nous nous sommes retrouvé sous les draps, elle en chemise de nuit, moi en pyjama, et elle m’a demandé :
« Ca va ? »
Oui, ça va. La fusée va bientôt décoller pour son premier vol orbital, mais ça va. Je me prépare depuis des années, tous les systèmes sont « go ». Prêt au décollage.
« Très bien alors… »
Et d’un mouvement très élégant, elle a éteint la lumière.
Et quand je dis éteint, c’est éteint. Nuit noire. Je n’avais jamais connu ça. Je n’étais pas préparé à un tel choc, ça ne faisait pas partie du tableau. J’avais beau essayer de distinguer une forme, une lueur même très faible, il n’y avait que le néant.
« Tu ne dis plus rien ? »
Je lui demandai s’il était possible d’ouvrir un tout petit peu le volet, mais elle m’expliqua qu’elle craignait des intrusions nocturnes. Était-ce un problème pour moi ?
Non, bien sûr. Pas de problème, j’étais juste pétrifié par une terreur incontrôlable.
J’essayai de me rappeler que j’étais censé entamer un… un geste vers elle, quelque chose, mais où était-elle ? Je l’entendais parler, respirer, je sentais son corps à côté de moi, mais rien n’y faisait : c’était comme si elle avait physiquement cessé d’exister en un instant.
Plus aucune idée sexuelle ne m'habitait.
Mon seul recours fut de m’endormir comme une masse jusqu’au lendemain.
Quelques mois plus tard, je racontai cet incident à une amie de ma grand-mère qui me demandait où j’en étais de ma vie sentimentale, et elle fut très choquée et incroyablement directe :
« Tu ne lui a pas fait l’amour !?! »
- Heu, non, vous savez, nous n’avons pas ce genre de relation. C’est une amie, rien de plus. Et elle a un copain.
- Mais tu as du désir pour elle ? Tu l’aimes ?
J’étais un peu surpris par la franchise de la question, mais n’avait aucune intention de décevoir la charmante dame :
- Oui, oui, absolument.
- Hé bien, mon cher, une femme qui t'invite à dormir chez elle, mariée, pas mariée, elle ne veut qu’une chose : que tu lui fasses l’amour ! Maintenant, je ne veux plus jamais entendre une histoire aussi ridicule de ta part !
Et après une expiration profonde:
- Peur du noir ! Quelle sottise.
J’étais consterné. Tout était clair à présent. Après des semaines à me triturer les méninges : avais-je eu tort ? Raison ? Avais-je été un gentleman ou un lâche ? La vérité était sortie de la bouche de cette dame.
Ce jour-là, je me suis juré, ainsi qu’à cette dame, que je ne laisserai plus jamais passer d'occasions aussi belles.
Ça n’arriverait plus jamais.
Je me trompais.
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Genève. Avril 2010.
Il y a près de trente ans, la scène de la jeune femme dans la vitrine a déjà été jouée.
En ce temps là, en 82, je passais tous les jours devant un magasin de chaussures pour me rendre à mon travail, une librairie de BD.
Un autre magasin de chaussures et une autre librairie de BD.
Deux jeunes femmes y travaillaient, dont l’une, Tania, m’avait tapé dans l’œil. Et elle était blonde.
Je lui souriais et elle me souriait en retour. Je la saluais et elle me saluait. Une ou deux fois, j’avais dû m’arrêter sur le pas de sa porte pour échanger deux trois mots.
Le rez de la librairie où je travaillais était tenu par un ami, Albert.
J’avais pour ma part la responsabilité du 1er étage, bien plus vaste mais séparé du rez et donc de la rue par un escalier étroit et raide. Malgré une surface double, j’avais nettement moins de fréquentation que mon collègue en bas.
Je demeurais donc en journée dans mon petit royaume bien distinct, un peu retiré du monde, un peu solitaire.
Mais un jour j’ai reçu une visite surprenante, celle de ma voisine Tania. Elle venait utiliser les toilettes, son lieu de travail en étant dépourvu.
Elle réapparut assez rapidement s’attarda pour bavarder avec moi.
Elle m’avoua plus tard que cette visite sanitaire était un prétexte mieux faire ma connaissance.
Nous étions à ce stade déjà familier l’un avec l’autre, mais sans plus.
Elle me posa des questions sur mon domaine, et je dus lui dire que j’enviais un peu la position de mon copain du rez, sur quoi, elle me déclara :
« Je ne l’aime pas tellement.
- Ah bon ? Et pourquoi ? Il est sympa.
- Non, je le trouve bizarre. Bon, je le connais à peine, mais je te préfère toi.
Boum.
Il ne m’en fallut pas plus pour que je lui propose d’aller boire un verre plus tard. J’appris bientôt qu’elle avait un copain, Claude, avec lequel elle habitait.
Ce fut bien sûr une déception pour moi, mais je n’étais pas encore réellement amoureux d’elle. Je la trouvais jolie, très sympa, de contact facile, intéressante. Nous arrivions à discuter des heures, ou des demi-heures pour être juste, sans jamais nous lasser. Alors bien sûr j’étais un peu déçu, mais elle me fit cette révélation suffisamment tôt et le traumatisme ne fut pas majeur.
Et pour être juste, à l’époque j’avais des vues sur quelqu'un d'autre, donc ce n’était pas la fin du monde.
Je pus nous imaginer devenir bons amis à la longue, et cette vision, bien que légèrement frustrante, ne me peina pas.
Un jour d’été, elle me proposa de venir dîner chez elle. Son copain et elle habitait un studio dans une maison de village de la campagne genevoise, et il serait absent ce soir-là. Il voyageait beaucoup pour son travail.
Et pour qu’il n’y ait aucun malentendu, elle me fit venir tôt. Ainsi, je pourrai rentrer chez moi à une heure tout-à-fait convenable.
La soirée fut charmante et détendue. Elle avait préparé une délicieuse salade, nous avons bu un peu de vin, mangé du gâteau au chocolat que j’avais apporté et bavardé comme à notre habitude, laissant le temps filer presque sans en avoir conscience. Je dis presque, parce que de temps en temps, je vérifiais discrètement ma montre, me demandant à quel moment il serait opportun de prendre congé de la charmante demoiselle.
Vingt et une heure passa sans que nous ne le sachions, vingt deux heures sonna à l’église du village, puis vingt trois heures. Et là, je pris une profonde inspiration pour lui annoncer que je devais rentrer.
« Tu es venu avec le bus ?
- Non, en vélomoteur.
- En vélomoteur ? Mais tu es fou, ce n’est vraiment pas sûr, par ces routes sombres. Je ne peux pas te laisser rentrer en vélomoteur. Prends le bus.
Je trouvais l’idée vraiment curieuse, car j’avais déjà parcouru des distances plus longues, sur des routes bien plus périlleuses, également de nuit, mais je décidai de ne pas la contrarier.
Le dernier bus passait dans quinze minutes, donc j’avais largement le temps de réunir mes affaires pour l'attraper, mais elle tint à conclure élégamment notre conversation, l’alimentant même de nouveaux éléments, jusqu’à ce que finalement je lui annonce :
« J’ai loupé le dernier bus.
- Certes. Écoutes, voilà ce que je te propose. Tu peux rester dormir ici. Je préfère, vraiment. Je te prête un pyjama de Claude, voilà une brosse à dents, et tu peux aller te doucher et te changer à côté, qu’en dis-tu ?
J’ai dit… d’accord, bien sûr, mais « dormir ici », ça voulait forcément dire… dormir dans le même lit, car il n’y en avait pas d’autre, et pas de canapé, et une seule pièce.
Alors que je me douchais et me brossais les dents dans la salle de bain attenante, mon corps tout entier a été parcouru d’ondes électriques : j’avais à peine songé à la chose jusque là, mais il ne faisait absolument aucun doute que Tania, la diablesse, m’avait attiré dans un traquenard, un si doux traquenard, et dans quelques minutes, j’allais coucher avec elle.
Ça serait aussi, l’ai-je précisé ? Ma première fois, ma toute première fois.
O boy, o boy, o boy…
En même temps, je n’étais pas sur paniqué : je l’aimais sincèrement, je savais qu’elle m’aimait bien, le copain Claude à ce stade… Où en étais-je ? Ah oui : j’aimais Tania, elle m’aimait, j’avais confiance en elle, elle ne me couvrirait pas de ridicule si je la décevais par mon manque d’expérience.
Donc, aucun doute dans mon esprit : « Fonce, Marcel. »
Je ne sais comment, mais nous nous sommes retrouvé sous les draps, elle en chemise de nuit, moi en pyjama, et elle m’a demandé :
« Ca va ? »
Oui, ça va. La fusée va bientôt décoller pour son premier vol orbital, mais ça va. Je me prépare depuis des années, tous les systèmes sont « go ». Prêt au décollage.
« Très bien alors… »
Et d’un mouvement très élégant, elle a éteint la lumière.
Et quand je dis éteint, c’est éteint. Nuit noire. Je n’avais jamais connu ça. Je n’étais pas préparé à un tel choc, ça ne faisait pas partie du tableau. J’avais beau essayer de distinguer une forme, une lueur même très faible, il n’y avait que le néant.
« Tu ne dis plus rien ? »
Je lui demandai s’il était possible d’ouvrir un tout petit peu le volet, mais elle m’expliqua qu’elle craignait des intrusions nocturnes. Était-ce un problème pour moi ?
Non, bien sûr. Pas de problème, j’étais juste pétrifié par une terreur incontrôlable.
J’essayai de me rappeler que j’étais censé entamer un… un geste vers elle, quelque chose, mais où était-elle ? Je l’entendais parler, respirer, je sentais son corps à côté de moi, mais rien n’y faisait : c’était comme si elle avait physiquement cessé d’exister en un instant.
Plus aucune idée sexuelle ne m'habitait.
Mon seul recours fut de m’endormir comme une masse jusqu’au lendemain.
Quelques mois plus tard, je racontai cet incident à une amie de ma grand-mère qui me demandait où j’en étais de ma vie sentimentale, et elle fut très choquée et incroyablement directe :
« Tu ne lui a pas fait l’amour !?! »
- Heu, non, vous savez, nous n’avons pas ce genre de relation. C’est une amie, rien de plus. Et elle a un copain.
- Mais tu as du désir pour elle ? Tu l’aimes ?
J’étais un peu surpris par la franchise de la question, mais n’avait aucune intention de décevoir la charmante dame :
- Oui, oui, absolument.
- Hé bien, mon cher, une femme qui t'invite à dormir chez elle, mariée, pas mariée, elle ne veut qu’une chose : que tu lui fasses l’amour ! Maintenant, je ne veux plus jamais entendre une histoire aussi ridicule de ta part !
Et après une expiration profonde:
- Peur du noir ! Quelle sottise.
J’étais consterné. Tout était clair à présent. Après des semaines à me triturer les méninges : avais-je eu tort ? Raison ? Avais-je été un gentleman ou un lâche ? La vérité était sortie de la bouche de cette dame.
Ce jour-là, je me suis juré, ainsi qu’à cette dame, que je ne laisserai plus jamais passer d'occasions aussi belles.
Ça n’arriverait plus jamais.
Je me trompais.
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Genève. Avril 2010.
vendredi 2 avril 2010
L'Hydrocéphale et le Sexe
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Dans le film A SINGLE MAN de Tom Ford que j’ai vu hier, le personnage homosexuel joué par Colin Firth aborde un beau mâle espagnol à la sortie d’une épicerie. Il lui offre une cigarette, les deux hommes engagent la conversation, et assez rapidement, l’un et l’autre prennent conscience de leur attirance sans équivoque.
Je me suis alors demandé si ce chaud latin préférait le Colin aux beurs noirs.
« C’est un peu trop facile » me suis-je dit.
Encore tout imprégné de l'atmosphère sensuelle du film , je suis tombé en arrêt ce soir devant la beauté d’une jeune femme qui attendait son bus. Imaginez Penelope Cruz il y a quelques années. Ou Paz Vega, que je préfère. J'ai écrit Penelope Cruz pour vous aider à mieux comprendre.
Je me suis donc arrêté, et me suis retourné. Elle était effectivement très belle. Et seule. Et elle se languissait d'un gus qui n'arrivait pas.
Et ne fumait pas.
Je n’y songe vraiment que maintenant, mais si elle avait eu une cigarette incandescente à la main, j’aurais soupiré et continué mon chemin. Une femme qui fume ne peut être désirable à mes yeux.
Elle ne fumait pas, était seule et n'attendait probablement que moi, et j’ai... continué mon chemin malgré tout.
Mais comment faire autrement ?
J’ai d’abord imaginé faire comme elle: celui qui attend un transport hypothétique; mais j’aurais dû rebrousser chemin, me présenter à sa hauteur et … lui offrir une cigarette ? Impossible, bien sûr.
Mais peut-être aurais-je pu engager la conversation.
« Vous attendez le bus ? C’est curieux, j’ai soudain eu envie d'en prendre un au hasard. Ça vous dérange si je choisis le même que vous ? »
Quand on veut faire connaissance avec une femme, lui soumettre une proposition où la réponse négative prend un sens positif est une excellente manière de démarrer.
Avec un homme, un tel stratagème est superflu : reportez-vous à A SINGLE MAN.
Il y a quelques mois, une vendeuse d'un magasin de chaussures voisin est venue m’acheter un livre.
J’ai été tétanisé par sa présence. Sûrement une histoire de phéromones, car elle ne m’avait pas fait jusque là autant d'effet.
Elle ressemblait un peu à Scarlett Johansson. Encore plus a Julia Stiles en fait, mais j’ai mis Scarlett Johansson pour la même raison que j’ai écrit Penelope Cruz plus haut.
Peu après, j’ai décidé de donner suite à ce soudain émoi.
Mais comment faire ? Je ne pouvais pas rentrer dans son magasin et lui faire une déclaration d’amour. Et je ne fumais pas non plus à cette époque, c’est désespérant.
J’ai opté de faire semblant d'y chercher un cadeau.
Ça allait se passer comme suit :
Moi : « Bonjour ! »
Elle : « Tiens, c’est vous? »
« C’est toujours aussi calme chez vous ? »
« Non, mais souvent en semaine. Et chez vous ? »
« Non, chez nous, il y a plein de monde ! »
« Mais alors comment faites-vous pour être ici ? »
« J'ai des employés. »
« Vous en avez de la chance. Vous feriez un mari idéal. »
Et tout ça sans avoir recours une seule fois au stratagème de la fausse question négative !
J’avais donc tout bien répété. Il n’y avait plus qu’à y aller.
A ma première tentative, elle était absente. Il y a plusieurs vendeurs, et elle n’ était donc pas là tous les jours.
La fois suivante, mes jambes ont catégoriquement refusé de me laisser entrer.
En plus, il y avait du monde, donc « C’est toujours aussi calme chez vous ? » ne pouvait plus servir.
Un jour suivant, le même phénomène de « lâcher de jambes » s’est produit, malgré le fait que j’avais à présent prévu une alternative idéale à la suite de « Tiens, c’est vous? »
Le surlendemain, j’ai trouvé la solution : je n’avais qu’à approcher du magasin en regardant mes pieds. Une fois à l’intérieur, je ne pourrais plus reculer. C’était mon plan, en tout cas.
Malheureusement, au dernier moment, j’ai levé les yeux par réflexe et poursuivi ma course le long de la vitrine.
J’étais absolument furieux de mon échec, et me suis alors juré que la fois suivante serait la bonne. J’ai donc recommencé, et cette fois-ci : victoire !
Seulement, elle n’était pas là.
Pas de panique, elle s’était peut-être juste absentée. J’ai donc entamé ma visite innocente des lieux. Deux vendeurs discutaient à la caisse. Je m’apprêtais à tout moment à leur expliquer que je cherchais un cadeau, mais ils ne m’ont rien demandé.
J’ai donc fait mon petit tour, en me sentant de plus en plus mal à l’aise à faire semblant d’examiner des chaussures pour lesquels je n’avais aucun désir, et sentant qu’elle ne viendrait pas.
Je suis finalement ressorti en me consolant que l’échec était relatif : je n’avais qu’à réessayer encore.
Mais voilà, le lendemain, c’était trop tôt. Le surlendemain aussi, et elle a ensuite été absente plusieurs jours de suite.
Les jours se sont transformés en semaines et les semaines en mois. Elle n'est pas revenue.
Je pourrais continuer à espérer qu’elle est en congé sabbatique, mais je dois me résoudre à l’évidence : j’ai laissé passer ma chance.
En plus de trente ans de quêtes féminines, j’ai accumulé une somme d’expériences importantes sur le sujet. Et pourtant mon tableau de chasse est plutôt misérable.
Comment font les autres hommes ? Comme Colin Firth dans A SINGLE MAN ?
Biarritz. Août 2008. Omahyra Mota sur le tournage de "Les Derniers Jours du Monde" des frères Larrieu. Elle m'a fait une impression durable. Et elle n'a pas besoin de "ressembler à". Elle est en fait un top modèle très convoité. Et elle est devenue mon amie sur Facebook. Success! :D
.
Dans le film A SINGLE MAN de Tom Ford que j’ai vu hier, le personnage homosexuel joué par Colin Firth aborde un beau mâle espagnol à la sortie d’une épicerie. Il lui offre une cigarette, les deux hommes engagent la conversation, et assez rapidement, l’un et l’autre prennent conscience de leur attirance sans équivoque.
Je me suis alors demandé si ce chaud latin préférait le Colin aux beurs noirs.
« C’est un peu trop facile » me suis-je dit.
Encore tout imprégné de l'atmosphère sensuelle du film , je suis tombé en arrêt ce soir devant la beauté d’une jeune femme qui attendait son bus. Imaginez Penelope Cruz il y a quelques années. Ou Paz Vega, que je préfère. J'ai écrit Penelope Cruz pour vous aider à mieux comprendre.
Je me suis donc arrêté, et me suis retourné. Elle était effectivement très belle. Et seule. Et elle se languissait d'un gus qui n'arrivait pas.
Et ne fumait pas.
Je n’y songe vraiment que maintenant, mais si elle avait eu une cigarette incandescente à la main, j’aurais soupiré et continué mon chemin. Une femme qui fume ne peut être désirable à mes yeux.
Elle ne fumait pas, était seule et n'attendait probablement que moi, et j’ai... continué mon chemin malgré tout.
Mais comment faire autrement ?
J’ai d’abord imaginé faire comme elle: celui qui attend un transport hypothétique; mais j’aurais dû rebrousser chemin, me présenter à sa hauteur et … lui offrir une cigarette ? Impossible, bien sûr.
Mais peut-être aurais-je pu engager la conversation.
« Vous attendez le bus ? C’est curieux, j’ai soudain eu envie d'en prendre un au hasard. Ça vous dérange si je choisis le même que vous ? »
Quand on veut faire connaissance avec une femme, lui soumettre une proposition où la réponse négative prend un sens positif est une excellente manière de démarrer.
Avec un homme, un tel stratagème est superflu : reportez-vous à A SINGLE MAN.
Il y a quelques mois, une vendeuse d'un magasin de chaussures voisin est venue m’acheter un livre.
J’ai été tétanisé par sa présence. Sûrement une histoire de phéromones, car elle ne m’avait pas fait jusque là autant d'effet.
Elle ressemblait un peu à Scarlett Johansson. Encore plus a Julia Stiles en fait, mais j’ai mis Scarlett Johansson pour la même raison que j’ai écrit Penelope Cruz plus haut.
Peu après, j’ai décidé de donner suite à ce soudain émoi.
Mais comment faire ? Je ne pouvais pas rentrer dans son magasin et lui faire une déclaration d’amour. Et je ne fumais pas non plus à cette époque, c’est désespérant.
J’ai opté de faire semblant d'y chercher un cadeau.
Ça allait se passer comme suit :
Moi : « Bonjour ! »
Elle : « Tiens, c’est vous? »
« C’est toujours aussi calme chez vous ? »
« Non, mais souvent en semaine. Et chez vous ? »
« Non, chez nous, il y a plein de monde ! »
« Mais alors comment faites-vous pour être ici ? »
« J'ai des employés. »
« Vous en avez de la chance. Vous feriez un mari idéal. »
Et tout ça sans avoir recours une seule fois au stratagème de la fausse question négative !
J’avais donc tout bien répété. Il n’y avait plus qu’à y aller.
A ma première tentative, elle était absente. Il y a plusieurs vendeurs, et elle n’ était donc pas là tous les jours.
La fois suivante, mes jambes ont catégoriquement refusé de me laisser entrer.
En plus, il y avait du monde, donc « C’est toujours aussi calme chez vous ? » ne pouvait plus servir.
Un jour suivant, le même phénomène de « lâcher de jambes » s’est produit, malgré le fait que j’avais à présent prévu une alternative idéale à la suite de « Tiens, c’est vous? »
Le surlendemain, j’ai trouvé la solution : je n’avais qu’à approcher du magasin en regardant mes pieds. Une fois à l’intérieur, je ne pourrais plus reculer. C’était mon plan, en tout cas.
Malheureusement, au dernier moment, j’ai levé les yeux par réflexe et poursuivi ma course le long de la vitrine.
J’étais absolument furieux de mon échec, et me suis alors juré que la fois suivante serait la bonne. J’ai donc recommencé, et cette fois-ci : victoire !
Seulement, elle n’était pas là.
Pas de panique, elle s’était peut-être juste absentée. J’ai donc entamé ma visite innocente des lieux. Deux vendeurs discutaient à la caisse. Je m’apprêtais à tout moment à leur expliquer que je cherchais un cadeau, mais ils ne m’ont rien demandé.
J’ai donc fait mon petit tour, en me sentant de plus en plus mal à l’aise à faire semblant d’examiner des chaussures pour lesquels je n’avais aucun désir, et sentant qu’elle ne viendrait pas.
Je suis finalement ressorti en me consolant que l’échec était relatif : je n’avais qu’à réessayer encore.
Mais voilà, le lendemain, c’était trop tôt. Le surlendemain aussi, et elle a ensuite été absente plusieurs jours de suite.
Les jours se sont transformés en semaines et les semaines en mois. Elle n'est pas revenue.
Je pourrais continuer à espérer qu’elle est en congé sabbatique, mais je dois me résoudre à l’évidence : j’ai laissé passer ma chance.
En plus de trente ans de quêtes féminines, j’ai accumulé une somme d’expériences importantes sur le sujet. Et pourtant mon tableau de chasse est plutôt misérable.
Comment font les autres hommes ? Comme Colin Firth dans A SINGLE MAN ?
Biarritz. Août 2008. Omahyra Mota sur le tournage de "Les Derniers Jours du Monde" des frères Larrieu. Elle m'a fait une impression durable. Et elle n'a pas besoin de "ressembler à". Elle est en fait un top modèle très convoité. Et elle est devenue mon amie sur Facebook. Success! :D
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mercredi 31 mars 2010
HALLUCINATIONS AUDITIVES 2
.
Dans son livre MUSICOPHILIA, Oliver Sacks décrit les causes multiples de l’apparition d’hallucinations musicales.
La plus importante semble être liée au vieillissement des sujets atteints, et plus précisément à une réduction importante de l’audition associée à un besoin du cerveau de compenser cette perte par une activité sonore interne. Nombre de ces sujets ont eu auparavant une activité musicale (des compositeurs, des concertistes…) ou ont simplement été de grands amateurs de musique.
Sacks souligne en outre que chez certains patients, les musiques entendues lors de ses hallucinations sont des grandes œuvres souvent écoutées par eux dans leur jeunesse; dans d'autre cas par contre, ce sont des fanfares, des chants populaires, ou même des contines.
L'auteur soupçonne que cette pathologie est en plein essor du fait de l’omniprésence dans notre société de sollicitations musicales, de l’accès toujours facilité à la musique, et enfin du développement des « baladeurs ».
Or, non seulement je sais que mon cerveau se détériore de manière significative mais j’ai la nette impression que c'est le cas aussi de mon audition (voir l’anecdote du 30.03). Du fait de mon goût immodéré pour la musique et de mon usage assez fréquent de « baladeurs » depuis plus de 30 ans, je serais donc un candidat idéal à l’hallucination musicale.
En plus, j'ai déjà été sujet à un équivalent proche de l’hallucination musicale. En effet, depuis plusieurs années, lorsque je suis cloué au lit avec de la fièvre, mon esprit invoque systématiquement un motif musical et le répète inlassablement dans ma tête, jusqu’à ne plus arriver à s’en débarrasser.
Cependant, il ne s’agit pas d’hallucinations, car je n’ai aucun doute que ces fragments de musique sont le produit de mon esprit. A aucun moment, je n'ai la sensation qu'il sont émis par une source extérieure.
Par contre je pense que mon cerveau, face à un inconfort et une détresse importante, a recours à un souvenir musical agréable ou familier et m’en inonde l’esprit de manière chaotique, dans l’espoir de m’apporter du réconfort. Une explication similaire est formulée par Sacks comme un déclencheur possible des crises d'hallucinations.
J’ai d’ailleurs tenté, lors des derniers accès de fièvres et de nausées, de substituer à ce souvenir musical obsédant celui visuel d’un lieu paisible, et ça a marché.
Mais voilà : peut-être un jour cela se manifestera-t-il avec plus de force et je ne saurai pas m’en débarrasser aussi facilement.
J’espère au moins que la musique qui me monopolisera alors sera au moins PSYCHO de Bernard Herrmann. Ou SEA HAWK de Erich Korngold. Ou encore FURY de John Williams.
Et non "La Danse des Canards".
.
Genève. Décembre 2007.
Dans son livre MUSICOPHILIA, Oliver Sacks décrit les causes multiples de l’apparition d’hallucinations musicales.
La plus importante semble être liée au vieillissement des sujets atteints, et plus précisément à une réduction importante de l’audition associée à un besoin du cerveau de compenser cette perte par une activité sonore interne. Nombre de ces sujets ont eu auparavant une activité musicale (des compositeurs, des concertistes…) ou ont simplement été de grands amateurs de musique.
Sacks souligne en outre que chez certains patients, les musiques entendues lors de ses hallucinations sont des grandes œuvres souvent écoutées par eux dans leur jeunesse; dans d'autre cas par contre, ce sont des fanfares, des chants populaires, ou même des contines.
L'auteur soupçonne que cette pathologie est en plein essor du fait de l’omniprésence dans notre société de sollicitations musicales, de l’accès toujours facilité à la musique, et enfin du développement des « baladeurs ».
Or, non seulement je sais que mon cerveau se détériore de manière significative mais j’ai la nette impression que c'est le cas aussi de mon audition (voir l’anecdote du 30.03). Du fait de mon goût immodéré pour la musique et de mon usage assez fréquent de « baladeurs » depuis plus de 30 ans, je serais donc un candidat idéal à l’hallucination musicale.
En plus, j'ai déjà été sujet à un équivalent proche de l’hallucination musicale. En effet, depuis plusieurs années, lorsque je suis cloué au lit avec de la fièvre, mon esprit invoque systématiquement un motif musical et le répète inlassablement dans ma tête, jusqu’à ne plus arriver à s’en débarrasser.
Cependant, il ne s’agit pas d’hallucinations, car je n’ai aucun doute que ces fragments de musique sont le produit de mon esprit. A aucun moment, je n'ai la sensation qu'il sont émis par une source extérieure.
Par contre je pense que mon cerveau, face à un inconfort et une détresse importante, a recours à un souvenir musical agréable ou familier et m’en inonde l’esprit de manière chaotique, dans l’espoir de m’apporter du réconfort. Une explication similaire est formulée par Sacks comme un déclencheur possible des crises d'hallucinations.
J’ai d’ailleurs tenté, lors des derniers accès de fièvres et de nausées, de substituer à ce souvenir musical obsédant celui visuel d’un lieu paisible, et ça a marché.
Mais voilà : peut-être un jour cela se manifestera-t-il avec plus de force et je ne saurai pas m’en débarrasser aussi facilement.
J’espère au moins que la musique qui me monopolisera alors sera au moins PSYCHO de Bernard Herrmann. Ou SEA HAWK de Erich Korngold. Ou encore FURY de John Williams.
Et non "La Danse des Canards".
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Genève. Décembre 2007.
Libellés :
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Paranoïa,
Phénomène Etrange,
Sons,
Vacances Musicophilia,
Viellir
mardi 30 mars 2010
HALLUCINATIONS AUDITIVES 1
.
Depuis quelques semaines, je lis (très lentement) MUSICOPHILIA de Oliver Sachs, un ouvrage consacré à des pathologies liées à la musique. Un des chapitres concerne les hallucinations musicales.
Et je dois avouer que je suis assez inquiet que je puisse un jour en être victime.
Celles-ci sont définies par Sachs comme des manifestations musicales spontanées et persistantes que seule la victime des hallucinations entend. Il précise que certaines victimes les entendent pendant des longues périodes, parfois en permanence et parfois encore seulement quand ces personnes sont seules, n’ont pas d’activités particulières au moment des crises et… n’écoutent pas une musique extérieure.
C’est sans doute sans rapport directe, mais depuis plusieurs jours, j’entends un sifflement continu quand je suis chez moi.
Ce soir, en arrivant, ce sifflement était vraiment très intense. J’ai d’abord pensé que c’était mon frigo, mais une inspection de celui-ci n’a pas donné de réponse satisfaisante.
Puis je me suis concentré sur ma télévision très vieille et j’ai vraiment cru avoir trouvé la réponse, car en collant l’oreille contre le poste, le sifflement s’est fait plus fort.
Mais l’appareil était éteint: ça n’avait pas de sens.
Pour être vraiment sûr, je l’ai débranché, et le sifflement a persisté. Ce n’était pas la télévision, et mon inquiétude est montée d’un cran.
Je me suis déplacé dans plusieurs points de la pièce, un grand salon-cuisine, et le sifflement variait selon les endroits.
J’ai retesté le frigo, collant mon oreille contre une de ses parois, et comme avec la télévision, le sifflement était plus intense.
Je me suis ensuite couvert les oreilles: je ne l’entendais plus.
Je n’étais donc pas victime d’une hallucination, car sinon, ça aurait persisté sans aucune variation.
Ou alors mon cerveau a été plus malin que moi, et a compris qu’au moment où je couvrais mes oreilles, il devait cesser d’envoyer ce signal parasite à… mon vrai moi.
Je ne suis pas victime d’une hallucination, mais paranoïaque et sujet au délire. Rien de nouveau: me voilà rassuré.
J’ai obtenu un résultat intéressant en couvrant une oreille, puis l’autre: ça sifflait dans la droite et pas dans la gauche.
J’ai cru que j’avais enfin trouvé une réponse significative à mon trouble lorsque je me suis rendu compte, en restant un moment dans une autre pièce, que je n’entendais plus rien de suspect, mais je suis ensuite retourné dans le salon, et là aussi, le sifflement avait complètement disparu.
(EDIT du 1.4.10)
Par la suite, j'ai constaté que le sifflement persistait, et j'ai à présent la nette impression que celui-ci vient du frigo, mais la qualité de ma perception fait que je n'arrive pas à situer spatialement l'origine du son.
Ça reste très présent et indéfinissable à la fois.
Je vois en tout cas un nouveau frigo dans mon avenir!
(EDIT du 6.03.11)
Rassurez-vous: ça fait depuis fin avril au moins que je n'ai plus entendu ce sifflement. J'ai même fini par trouvé une explication parfaitement rationnelle: c'était... un radiateur.
En effet, le "robinet" d'un radiateur que je sollicite rarement était juste assez ouvert pour émettre ce sifflement continu. Dès le moment où je l'ai resserré d'un cran: plus de sifflement.
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Depuis quelques semaines, je lis (très lentement) MUSICOPHILIA de Oliver Sachs, un ouvrage consacré à des pathologies liées à la musique. Un des chapitres concerne les hallucinations musicales.
Et je dois avouer que je suis assez inquiet que je puisse un jour en être victime.
Celles-ci sont définies par Sachs comme des manifestations musicales spontanées et persistantes que seule la victime des hallucinations entend. Il précise que certaines victimes les entendent pendant des longues périodes, parfois en permanence et parfois encore seulement quand ces personnes sont seules, n’ont pas d’activités particulières au moment des crises et… n’écoutent pas une musique extérieure.
C’est sans doute sans rapport directe, mais depuis plusieurs jours, j’entends un sifflement continu quand je suis chez moi.
Ce soir, en arrivant, ce sifflement était vraiment très intense. J’ai d’abord pensé que c’était mon frigo, mais une inspection de celui-ci n’a pas donné de réponse satisfaisante.
Puis je me suis concentré sur ma télévision très vieille et j’ai vraiment cru avoir trouvé la réponse, car en collant l’oreille contre le poste, le sifflement s’est fait plus fort.
Mais l’appareil était éteint: ça n’avait pas de sens.
Pour être vraiment sûr, je l’ai débranché, et le sifflement a persisté. Ce n’était pas la télévision, et mon inquiétude est montée d’un cran.
Je me suis déplacé dans plusieurs points de la pièce, un grand salon-cuisine, et le sifflement variait selon les endroits.
J’ai retesté le frigo, collant mon oreille contre une de ses parois, et comme avec la télévision, le sifflement était plus intense.
Je me suis ensuite couvert les oreilles: je ne l’entendais plus.
Je n’étais donc pas victime d’une hallucination, car sinon, ça aurait persisté sans aucune variation.
Ou alors mon cerveau a été plus malin que moi, et a compris qu’au moment où je couvrais mes oreilles, il devait cesser d’envoyer ce signal parasite à… mon vrai moi.
Je ne suis pas victime d’une hallucination, mais paranoïaque et sujet au délire. Rien de nouveau: me voilà rassuré.
J’ai obtenu un résultat intéressant en couvrant une oreille, puis l’autre: ça sifflait dans la droite et pas dans la gauche.
J’ai cru que j’avais enfin trouvé une réponse significative à mon trouble lorsque je me suis rendu compte, en restant un moment dans une autre pièce, que je n’entendais plus rien de suspect, mais je suis ensuite retourné dans le salon, et là aussi, le sifflement avait complètement disparu.
(EDIT du 1.4.10)
Par la suite, j'ai constaté que le sifflement persistait, et j'ai à présent la nette impression que celui-ci vient du frigo, mais la qualité de ma perception fait que je n'arrive pas à situer spatialement l'origine du son.
Ça reste très présent et indéfinissable à la fois.
Je vois en tout cas un nouveau frigo dans mon avenir!
(EDIT du 6.03.11)
Rassurez-vous: ça fait depuis fin avril au moins que je n'ai plus entendu ce sifflement. J'ai même fini par trouvé une explication parfaitement rationnelle: c'était... un radiateur.
En effet, le "robinet" d'un radiateur que je sollicite rarement était juste assez ouvert pour émettre ce sifflement continu. Dès le moment où je l'ai resserré d'un cran: plus de sifflement.
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samedi 13 mars 2010
Voler 2.
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Voler en tandem, c’est facile, mais voler en solo, c’est plus beau… et plus difficile.
Pendant plusieurs semaines, j’ai donc appris avec un moniteur et en compagnie de trois autres élèves à porter un deltaplane en équilibre, puis à marcher avec, puis à courir avec sur des courtes distances.
Le moniteur nous à ensuite fait grimper d’une dizaine de mètres sur une colline à pente douce, et nous devions tenter de la dévaler, harnachés à notre aile, sans que celle-ci ne tangue jamais à droite ou à gauche.
Puis il nous a fait grimper un peu plus haut et sur une pente un peu plus raide, jusqu’à ce que finalement, il nous juge prêt pour notre premier vol en solo, et là nous avons grimpé jusqu'au sommet de la colline.
Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai physiquement tenu le coup à porter inlassablement l’aile sur cette pente herbeuse, pour ensuite la dévaler avec à chaque fois plus de force, dans l’espoir de décoller enfin.
Mais il y a eu cette première fois où j’ai quitté le plancher des vaches tout seul.
Ça n’a pas dû être bien glorieux, un vol de 10 ou 20 secondes à ras les touffes, mais du coup les tentatives suivantes ont été faites avec un entrain nouveau, et des succès graduellement plus impressionnants.
Les décollages ne me posaient finalement pas un gros problème : je n’ai jamais trébuché, ne me suis jamais écrasé sitôt décollé. J’avais surtout de la difficulté à anticiper où j’allais atterrir, et surtout, je finissais invariablement ma course sur le ventre plutôt que debout. Sans doute la tentation de faire durer le vol quelques secondes de plus.
Pendant mes brefs envols, le moniteur tentait de me donner des instructions par gestes et par mégaphone, mais je n’entendais rien. Et tout-à-fait franchement, je n’écoutais pas non plus.
Il avait beau me faire signe de virer, de viser telle zone d’atterrissage, j’étais trop heureux de planer et faire mes propres figures pour lui obéir.
Après chaque atterrissage, je me faisais proprement engueuler, mais même là je ne l’entendais pas ! Je pensais déjà au prochain envol.
Le problème, c’est qu’une fois j’ai un peu trop fait le zouave. En fin de parcours, j’ai perdu la maitrise de l’aile, et j’ai piqué vers le sol. Une grosse trouille, et un dédommagement important au moniteur pour le dégât sur l’aile.
Ca aurait pu être pire.
A la fin d’un des derniers cours, le prof m’a malgré tout proposé de redescendre dans la vallée en tandem avec lui, pendant que les autres prenaient le minibus.
La grosse différence avec le Salève, c’est que là, nous décollions sur une pente assez douce et… ça ne voulait pas décoller.
On courait, on courait, mais on ne s’envolait pas.
J’ai cru qu'on allait abandonner (et j’étais moi-même prêt à le faire) mais le moniteur a dit :
« Allez, on essaye une dernière fois. Courrez, bon sang. »
Et on a décollé, mais pas de beaucoup.
J’allais remettre le pied à terre, quand l'autre a chuchoté :
« Non, non, c’est bon, on y est. »
La pente ne défilait qu’à un ou deux mètres sous l’aile, et ne semblait pas vouloir s’éloigner. Bientôt nous volions à trois mètres, puis à quatre, mais pendant presque tous le trajet, nous avons continuer à suivre la pente. C’était magique.
Ce vol a aussi été le plus long que j’ai jamais effectué : un rêve d’une demi-heure.
Sinon, j’ai aussi effectué au moins un vol en solo à une hauteur d’au moins 30 mètres.
Je n’en revenais pas à quel point le moniteur paraissait petit, et ce coup-là, je ne l’entendais effectivement plus du tout.
A mon retour sur Terre, il m’a dit en blaguant :
« Alors, on a attrapé un courant ascendant ? »
« Hein ? »
« Un courant ascendant. Parfois certains pilotes se font happer dans l’un d’eux, et ils montent, ils montent jusqu’à manquer d’air et finissent par perdre connaissance. »
Il nous a alors annoncé que ce serait le dernier cours de la saison : nous étions en début décembre et il s’absentait jusqu’en avril.
Et sans autre avertissement, il m'a proposer de faire un premier vol solo au Salève.
Je suis devenu livide. Je n’étais pas prêt du tout.
Je n’avais toujours pas bien maîtrisé les atterrissages, j’aurais été incapable d’atterrir ailleurs que sur l’autoroute ou sur une maison et… peut-être aussi que je gardais la vision de ce courant ascendant auquel je ne saurais résister !
J'ai donc décliné l'offre.
La triste fin de cette histoire est que j’ai eu le temps de ruminer les différents atterrissages ratés et l’aile cassée, et en avril, je n’ai pas repris les cours.
Mais plus de vingt après… l'appel du ciel me démange toujours.
.
Le Rhône en Drôme Provençale. Décembre 2007.
Voler en tandem, c’est facile, mais voler en solo, c’est plus beau… et plus difficile.
Pendant plusieurs semaines, j’ai donc appris avec un moniteur et en compagnie de trois autres élèves à porter un deltaplane en équilibre, puis à marcher avec, puis à courir avec sur des courtes distances.
Le moniteur nous à ensuite fait grimper d’une dizaine de mètres sur une colline à pente douce, et nous devions tenter de la dévaler, harnachés à notre aile, sans que celle-ci ne tangue jamais à droite ou à gauche.
Puis il nous a fait grimper un peu plus haut et sur une pente un peu plus raide, jusqu’à ce que finalement, il nous juge prêt pour notre premier vol en solo, et là nous avons grimpé jusqu'au sommet de la colline.
Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai physiquement tenu le coup à porter inlassablement l’aile sur cette pente herbeuse, pour ensuite la dévaler avec à chaque fois plus de force, dans l’espoir de décoller enfin.
Mais il y a eu cette première fois où j’ai quitté le plancher des vaches tout seul.
Ça n’a pas dû être bien glorieux, un vol de 10 ou 20 secondes à ras les touffes, mais du coup les tentatives suivantes ont été faites avec un entrain nouveau, et des succès graduellement plus impressionnants.
Les décollages ne me posaient finalement pas un gros problème : je n’ai jamais trébuché, ne me suis jamais écrasé sitôt décollé. J’avais surtout de la difficulté à anticiper où j’allais atterrir, et surtout, je finissais invariablement ma course sur le ventre plutôt que debout. Sans doute la tentation de faire durer le vol quelques secondes de plus.
Pendant mes brefs envols, le moniteur tentait de me donner des instructions par gestes et par mégaphone, mais je n’entendais rien. Et tout-à-fait franchement, je n’écoutais pas non plus.
Il avait beau me faire signe de virer, de viser telle zone d’atterrissage, j’étais trop heureux de planer et faire mes propres figures pour lui obéir.
Après chaque atterrissage, je me faisais proprement engueuler, mais même là je ne l’entendais pas ! Je pensais déjà au prochain envol.
Le problème, c’est qu’une fois j’ai un peu trop fait le zouave. En fin de parcours, j’ai perdu la maitrise de l’aile, et j’ai piqué vers le sol. Une grosse trouille, et un dédommagement important au moniteur pour le dégât sur l’aile.
Ca aurait pu être pire.
A la fin d’un des derniers cours, le prof m’a malgré tout proposé de redescendre dans la vallée en tandem avec lui, pendant que les autres prenaient le minibus.
La grosse différence avec le Salève, c’est que là, nous décollions sur une pente assez douce et… ça ne voulait pas décoller.
On courait, on courait, mais on ne s’envolait pas.
J’ai cru qu'on allait abandonner (et j’étais moi-même prêt à le faire) mais le moniteur a dit :
« Allez, on essaye une dernière fois. Courrez, bon sang. »
Et on a décollé, mais pas de beaucoup.
J’allais remettre le pied à terre, quand l'autre a chuchoté :
« Non, non, c’est bon, on y est. »
La pente ne défilait qu’à un ou deux mètres sous l’aile, et ne semblait pas vouloir s’éloigner. Bientôt nous volions à trois mètres, puis à quatre, mais pendant presque tous le trajet, nous avons continuer à suivre la pente. C’était magique.
Ce vol a aussi été le plus long que j’ai jamais effectué : un rêve d’une demi-heure.
Sinon, j’ai aussi effectué au moins un vol en solo à une hauteur d’au moins 30 mètres.
Je n’en revenais pas à quel point le moniteur paraissait petit, et ce coup-là, je ne l’entendais effectivement plus du tout.
A mon retour sur Terre, il m’a dit en blaguant :
« Alors, on a attrapé un courant ascendant ? »
« Hein ? »
« Un courant ascendant. Parfois certains pilotes se font happer dans l’un d’eux, et ils montent, ils montent jusqu’à manquer d’air et finissent par perdre connaissance. »
Il nous a alors annoncé que ce serait le dernier cours de la saison : nous étions en début décembre et il s’absentait jusqu’en avril.
Et sans autre avertissement, il m'a proposer de faire un premier vol solo au Salève.
Je suis devenu livide. Je n’étais pas prêt du tout.
Je n’avais toujours pas bien maîtrisé les atterrissages, j’aurais été incapable d’atterrir ailleurs que sur l’autoroute ou sur une maison et… peut-être aussi que je gardais la vision de ce courant ascendant auquel je ne saurais résister !
J'ai donc décliné l'offre.
La triste fin de cette histoire est que j’ai eu le temps de ruminer les différents atterrissages ratés et l’aile cassée, et en avril, je n’ai pas repris les cours.
Mais plus de vingt après… l'appel du ciel me démange toujours.
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Le Rhône en Drôme Provençale. Décembre 2007.
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