.
J’ai sept ans. C’est l’été, et à cette époque, les après-midis ensoleillés sont invariablement consacrés à s’ébattre sur une grande plage à l’extérieur de Biarritz, à une vingtaine de kilomètres de notre maison de vacances. Du sable fin et des vagues à perte de vue.
Ce jour-là, j’ai été confié à la garde de ma tante Léontine, et mes cousins Hector et Jules sont mes compagnons de jeu.
Nous terminons de construire des châteaux éphémères mais grandioses quelques mètres à l’écart de notre parasol lorsque ma Tante vient annoncer le départ.
J’ai du sable plein le corps, et je me rue donc vers la mer pour m’en débarrasser.
Que l’eau est fraîche, quel délice !
Couché de tout mon long dans vingt centimètres de bonheur salé, je me mets à rêver à des vacances sans retour, une éternité de châteaux de sable et de bains dans les vagues, ponctuée peut-être par quelques beignets-abricots.
La belle vie !
Mais les rêves n’ont qu’un temps, et je retourne à contrecœur vers le point de ralliement.
Cette rêverie à dû se prolonger quelque peu, car j’ai dépassé l’emplacement de notre parasol et de nos serviettes. Ou alors j’ai dévié de ma course.
Je rebrousse donc chemin, pris d’une légère inquiétude, qui ne cesse de grandir.
Pas de panique !
Notre parasol est bleu et vert, je vais le repérer facilement. Mais je ne vois aucun parasol bleu et vert.
Je cours à présent vers l’endroit où j’imagine que nous étions, et me retrouve bientôt les pieds dans l’eau.
Je ne reconnais plus rien. Je tourne dans toutes les directions, d’abord à la recherche de ce fichu parasol (aucune trace), puis d’un repère familier. Toujours rien.
Même nos châteaux de sable ont mystérieusement fondu, sans nul doute avalés par la marée.
La suite est plus floue: j’ai dû arpenter la plage plusieurs fois dans les deux sens, un coup à gauche puis un autre à droite avant de conclure que j’avais été mystérieusement déporté à une grande distance de mon départ, car je ne reconnais absolument plus rien : aucun individu, aucune des structures qui longent la plage, rien.
Je sais que je me suis finalement résigné à parcourir la plage dans une direction unique, essayant inlassablement de reconstruire les évènements qui ont pu conduire à la disparition totale du parasol, de ma tante et de mes cousins. J’envisage même le pire : j’ai été abandonné!
Et là, c’en est trop pour mon cerveau d’enfant. Il ne me reste qu’une seule ressource, la plus terrible : ouvrir les vannes des pleurs.
Ça a beau être complètement humiliant, c’est la bonne solution.
Un adulte me prend bientôt en pitié, et me conduit vers un surveillant de plage qui lui-même me dirige vers un poste central, où je pleure toujours comme un damné destiné à l’abattoir.
Je ne sais comment, j’ai soudain une énorme glace dans les mains. Je la dévore par grosses lampées, et mes pleurs se calment.
« Tu as perdu ta maman ? » me demande un des messieurs.
« Non, elle est pas là. » (Entre deux reniflements.)
« Ton Papa ? »
« Non, il est pas là. C’est ma Tante Léontine. »
« Tu habites chez ta tante ? »
« Non, chez ma Grand-Mère, Mme Lussac. »
« Ici à Biarritz ? »
« A Saint-Jean-de-Luz .
« Bon, ne t’inquiètes pas, on va les retrouver. »
Là-dessus, un des hommes s’absente, et quand il revient, il m’annonce :
« C’est bon, on l’a eue au téléphone, elle vient te chercher. »
« Vous avez parlé à Grand-Mère ? »
« Non, à ta Tante. »
Elle était rentrée à la maison sans moi.
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Tournage des "Derniers Jours du Monde" des frères Larrieu sur la Grande Plage de Biarritz. Août 2008.
jeudi 11 mars 2010
mercredi 10 mars 2010
Voler.
.
J’ai toujours été attiré par le ciel.
Les oiseaux, les avions, les ballons à air chaud et les dirigeables, mais aussi les nuages, le vent, les étoiles.
Dans les années 80, cet intérêt s’est focalisé sur le deltaplane, et l’un des endroits privilégiés de cette pratique sportive dans la région genevoise est le Salève, une petite montagne qui s’élève juste au-delà de la frontière suisse.
Avec Tania, une amie que je fréquentais beaucoup dans cette période, nous avions pris l’habitude d’aller les voir atterrir à la campagne, côté suisse donc. A force de fréquenter ce lieu, l’idée que je puisse moi-même m’essayer au vol en deltaplane parut moins extravagante, et avant d’envisager de prendre des cours, je m’inscrivis pour un baptême de l’air en tandem.
Je me souviendrai toujours de la montée en camionnette jusqu’à l’aire de départ. Celle-ci est tombée en panne à mi-parcours, et tout d’un coup, l’excitation que j’avais ressentie jusque là s’est transformée en appréhension.
La camionnette a pu redémarrer après quelques minutes, mais ma nervosité est restée.
Il y a ensuite eu le montage des ailes, je me suis harnaché, puis fixé à l’aile, j’ai vu partir une aile devant moi, puis le moniteur me dit à mon côté :
« Alors, vous êtes prêt ? Ca va être à nous. »
Non, je n’étais pas prêt, je ne voulais plus y aller, pas aujourd’hui.
L’aire d’envol faisait 3 ou 4 mètres, puis se terminait par un tremplin en bois et ensuite c’était le vide intégrale : nous étions au bord d’une falaise qui tombait à pic.
Le moniteur à soulevé l’aile et a simplement déclaré :
« Allez, on y va »
J’ai esquissé un mouvement pour lui signifier que j’avais changé d’idée, mais déjà il courait, et moi avec, pas le choix, non attendez, je…
Ne sens plus la Terre sous mes pieds, les sangles du harnais me tirent vers le haut, je suis comme dans un télésiège soutenu par un câble, seulement… il n’y a pas de câble.
La peur a complètement disparu. Je vole. Je flotte. Je glisse dans un vide merveilleux. Nous sommes au milieu de nulle part. Il n’y plus ni montagne, ni plaine, ni rien. Juste le vide absolu, l’insouciance totale.
« Ca va ? »
Le moniteur me rappelle à la Réalité et, ce faisant, gâche un peu ce rêve incroyable.
« Vous voulez prendre les commandes ? Tenez, je vous montre. Pour descendre, vous tirez le trapèze vers vous (et on chute d’une dizaine de mètres) et pour remonter, vous poussez. »
Et on remonte.
Il me montre encore quelques manœuvres, et me laisse ensuite les reproduire : c’est enfantin et jouissif.
Mais très rapidement, nous nous retrouvons en approche de la terre ferme, il m’explique qu’il va falloir commencer à courir quelques secondes avant de toucher terre, j’ai de nouveau une petite appréhension, peur de me faire mal, de tomber, mais pas le temps de réfléchir. Encore quelques mètres, je cours sur l’herbe sur 3-4 mètres, nous nous arrêtons : c’est fini.
Je suis à peine essoufflé, pas du tout fatigué et surtout complètement excité par cette expérience de quelques minutes.
J’ai volé.
Et je revolerai, c’est sûr.
Environs de Genève... vus d'un avion. Juillet 2009.
J’ai toujours été attiré par le ciel.
Les oiseaux, les avions, les ballons à air chaud et les dirigeables, mais aussi les nuages, le vent, les étoiles.
Dans les années 80, cet intérêt s’est focalisé sur le deltaplane, et l’un des endroits privilégiés de cette pratique sportive dans la région genevoise est le Salève, une petite montagne qui s’élève juste au-delà de la frontière suisse.
Avec Tania, une amie que je fréquentais beaucoup dans cette période, nous avions pris l’habitude d’aller les voir atterrir à la campagne, côté suisse donc. A force de fréquenter ce lieu, l’idée que je puisse moi-même m’essayer au vol en deltaplane parut moins extravagante, et avant d’envisager de prendre des cours, je m’inscrivis pour un baptême de l’air en tandem.
Je me souviendrai toujours de la montée en camionnette jusqu’à l’aire de départ. Celle-ci est tombée en panne à mi-parcours, et tout d’un coup, l’excitation que j’avais ressentie jusque là s’est transformée en appréhension.
La camionnette a pu redémarrer après quelques minutes, mais ma nervosité est restée.
Il y a ensuite eu le montage des ailes, je me suis harnaché, puis fixé à l’aile, j’ai vu partir une aile devant moi, puis le moniteur me dit à mon côté :
« Alors, vous êtes prêt ? Ca va être à nous. »
Non, je n’étais pas prêt, je ne voulais plus y aller, pas aujourd’hui.
L’aire d’envol faisait 3 ou 4 mètres, puis se terminait par un tremplin en bois et ensuite c’était le vide intégrale : nous étions au bord d’une falaise qui tombait à pic.
Le moniteur à soulevé l’aile et a simplement déclaré :
« Allez, on y va »
J’ai esquissé un mouvement pour lui signifier que j’avais changé d’idée, mais déjà il courait, et moi avec, pas le choix, non attendez, je…
Ne sens plus la Terre sous mes pieds, les sangles du harnais me tirent vers le haut, je suis comme dans un télésiège soutenu par un câble, seulement… il n’y a pas de câble.
La peur a complètement disparu. Je vole. Je flotte. Je glisse dans un vide merveilleux. Nous sommes au milieu de nulle part. Il n’y plus ni montagne, ni plaine, ni rien. Juste le vide absolu, l’insouciance totale.
« Ca va ? »
Le moniteur me rappelle à la Réalité et, ce faisant, gâche un peu ce rêve incroyable.
« Vous voulez prendre les commandes ? Tenez, je vous montre. Pour descendre, vous tirez le trapèze vers vous (et on chute d’une dizaine de mètres) et pour remonter, vous poussez. »
Et on remonte.
Il me montre encore quelques manœuvres, et me laisse ensuite les reproduire : c’est enfantin et jouissif.
Mais très rapidement, nous nous retrouvons en approche de la terre ferme, il m’explique qu’il va falloir commencer à courir quelques secondes avant de toucher terre, j’ai de nouveau une petite appréhension, peur de me faire mal, de tomber, mais pas le temps de réfléchir. Encore quelques mètres, je cours sur l’herbe sur 3-4 mètres, nous nous arrêtons : c’est fini.
Je suis à peine essoufflé, pas du tout fatigué et surtout complètement excité par cette expérience de quelques minutes.
J’ai volé.
Et je revolerai, c’est sûr.
Environs de Genève... vus d'un avion. Juillet 2009.
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Voler
samedi 6 mars 2010
Mémoire fuyante.
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Lorsque j’avais 20-25 ans, je prenais un malin plaisir à mémoriser une multitude d’informations, notamment sur le Cinéma.
Je connaissais la filmographie de tous les acteurs, même les plus secondaires, des metteurs en scène, des producteurs, des directeurs de la photo, des décorateurs, etc…
Puis, arrivé à la trentaine, j’ai remarqué que parfois j’avais du mal à formuler certains titres de films un peu obscurs, ou des personnalités dont on ne parlait pas forcément tous les jours.
Quelques années plus tard, vers 40 ans, je me suis un jour remémoré des films que j’avais beaucoup aimé des années plus tôt, et je me suis rendu compte que j’étais totalement incapable de me rappeler les noms de leurs réalisateurs !
C’était particulièrement inquiétant pour moi, car il ne s’agissait pas là d’informations d’importance secondaire, mais d’éléments qui définissaient mon identité culturelle intime.
Pour information, ces fameux metteurs en scène oubliés étaient John Landis, dont j’avais adoré « The Kentucky Fried Movie », « Animal House », « The American Werewolf in London », et « Into The Night » (tous vus entre 1978 et 1985), et David Lynch pour lequel j’avais conçu une véritable obsession à l’époque de « Twin Peaks » (entre 1989 et 1992).
(Note : Je me suis aidé ici en consultant imdb.com pour les titres et les dates ! ;) )
A partir de cette période, mes oublis ont pris d’autres formes: plusieurs fois, en rentrant chez moi, j'ai été incapable de me rappeler le code de mon immeuble. J'ai fini une fois par tapoter le clavier de manière aléatoire, jusqu’à ce que ma main retrouve le souvenir physique des emplacements.
Depuis cette période, ce code est inscrit dans un agenda qui ne me quitte jamais.
Un jour, en classant des papiers bancaires, j'ai découvert la trace d’un retrait important opéré sur mon compte personnel deux mois plus tôt.
Comme je n’en gardais aucun souvenir, j’ai conclu que je ne l’avais jamais effectué.
Je me suis donc rendu à ma banque pour éclaircir cet incident potentiellement frauduleux et, face à ma détermination, le caissier a produit une copie du retrait, portant ma signature.
Sur le coup, j’ai accusé la Banque d’avoir fabriqué un faux, avant de faire marche arrière, soudain conscient de l’invraisemblance de cette accusation.
Dans les jours qui ont suivi, j'ai continuai à ruminer cette histoire, cherchant à rétablir la probable continuité des évènements qui avaient justifié ce retrait.
J'ai fini par retrouver un reçu postal qui attestait d’un paiement effectué le même jour pour une somme quasi équivalente.
Je n’en gardais toujours aucun souvenir, sinon… vaguement le sentiment d’avoir récemment attendu à la Poste avec une grosse somme en poche.
Un dernier incident déterminent eut lieu à mon magasin : je reçois depuis des années la visite quasi-hebdomadaire d’un ancien employé que je considère presque comme un ami, et un jour je l'ai salué comme à l’accoutumée, sauf… que j’étais incapable de me rappeler son nom. Pour me couvrir, j’ai donc enchainé mon « Salut…. » par «… Charles ? Victor ? Édouard ? Marcel ? Daniel ? Pierre ? Jean… » et j'ai remarqué que son expression à chané lorsque j'ai dit « Marcel ». J'ai donc dès lors su qu’il s’appelait bien Marcel.
Je me suis empressé de lui expliquer que j’étais sujet depuis quelques temps à des trous de mémoires et que je n’étais pas en train de lui monter un canular.
Nous avons continué à bavarder de choses et d’autres pendant un quart d’heure, et pendant tout cet échange, je répétais dans ma tête : « Marcel… Marcel…. Marcel» en associant ce prénom à la personne que j’avais devant moi… et ça ne connectait toujours pas.
Plus tard dans la soirée, j’ai renouvelé mentalement l’exercice, et tout doucement, ça a commencé à revenir.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai décidé de m'occuper sérieusement de ce problème.
.
Ile Rousseau, Genève. Décembre 2007.
Lorsque j’avais 20-25 ans, je prenais un malin plaisir à mémoriser une multitude d’informations, notamment sur le Cinéma.
Je connaissais la filmographie de tous les acteurs, même les plus secondaires, des metteurs en scène, des producteurs, des directeurs de la photo, des décorateurs, etc…
Puis, arrivé à la trentaine, j’ai remarqué que parfois j’avais du mal à formuler certains titres de films un peu obscurs, ou des personnalités dont on ne parlait pas forcément tous les jours.
Quelques années plus tard, vers 40 ans, je me suis un jour remémoré des films que j’avais beaucoup aimé des années plus tôt, et je me suis rendu compte que j’étais totalement incapable de me rappeler les noms de leurs réalisateurs !
C’était particulièrement inquiétant pour moi, car il ne s’agissait pas là d’informations d’importance secondaire, mais d’éléments qui définissaient mon identité culturelle intime.
Pour information, ces fameux metteurs en scène oubliés étaient John Landis, dont j’avais adoré « The Kentucky Fried Movie », « Animal House », « The American Werewolf in London », et « Into The Night » (tous vus entre 1978 et 1985), et David Lynch pour lequel j’avais conçu une véritable obsession à l’époque de « Twin Peaks » (entre 1989 et 1992).
(Note : Je me suis aidé ici en consultant imdb.com pour les titres et les dates ! ;) )
A partir de cette période, mes oublis ont pris d’autres formes: plusieurs fois, en rentrant chez moi, j'ai été incapable de me rappeler le code de mon immeuble. J'ai fini une fois par tapoter le clavier de manière aléatoire, jusqu’à ce que ma main retrouve le souvenir physique des emplacements.
Depuis cette période, ce code est inscrit dans un agenda qui ne me quitte jamais.
Un jour, en classant des papiers bancaires, j'ai découvert la trace d’un retrait important opéré sur mon compte personnel deux mois plus tôt.
Comme je n’en gardais aucun souvenir, j’ai conclu que je ne l’avais jamais effectué.
Je me suis donc rendu à ma banque pour éclaircir cet incident potentiellement frauduleux et, face à ma détermination, le caissier a produit une copie du retrait, portant ma signature.
Sur le coup, j’ai accusé la Banque d’avoir fabriqué un faux, avant de faire marche arrière, soudain conscient de l’invraisemblance de cette accusation.
Dans les jours qui ont suivi, j'ai continuai à ruminer cette histoire, cherchant à rétablir la probable continuité des évènements qui avaient justifié ce retrait.
J'ai fini par retrouver un reçu postal qui attestait d’un paiement effectué le même jour pour une somme quasi équivalente.
Je n’en gardais toujours aucun souvenir, sinon… vaguement le sentiment d’avoir récemment attendu à la Poste avec une grosse somme en poche.
Un dernier incident déterminent eut lieu à mon magasin : je reçois depuis des années la visite quasi-hebdomadaire d’un ancien employé que je considère presque comme un ami, et un jour je l'ai salué comme à l’accoutumée, sauf… que j’étais incapable de me rappeler son nom. Pour me couvrir, j’ai donc enchainé mon « Salut…. » par «… Charles ? Victor ? Édouard ? Marcel ? Daniel ? Pierre ? Jean… » et j'ai remarqué que son expression à chané lorsque j'ai dit « Marcel ». J'ai donc dès lors su qu’il s’appelait bien Marcel.
Je me suis empressé de lui expliquer que j’étais sujet depuis quelques temps à des trous de mémoires et que je n’étais pas en train de lui monter un canular.
Nous avons continué à bavarder de choses et d’autres pendant un quart d’heure, et pendant tout cet échange, je répétais dans ma tête : « Marcel… Marcel…. Marcel» en associant ce prénom à la personne que j’avais devant moi… et ça ne connectait toujours pas.
Plus tard dans la soirée, j’ai renouvelé mentalement l’exercice, et tout doucement, ça a commencé à revenir.
C’est à partir de ce jour-là que j’ai décidé de m'occuper sérieusement de ce problème.
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Ile Rousseau, Genève. Décembre 2007.
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comptabilité,
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Mémoire,
trous
vendredi 5 mars 2010
Phénomène Etrange (2)
.
… mais éclaircis.
Hier, je faisais mes courses chez Manor (une chaîne de grandes surfaces helvétique), et alors que je passais devant le rayon poissonnerie, mon regard a été attiré par deux grands spécimens, des brochets de 30 centimètres, couchés sur la glace. Tous deux morts, bien sûr.
Et soudain, j’ai cru que l’un d’eux avait respiré !
C’était impossible, mais je l’aurais juré.
Toujours fasciné par cette brève vision surréaliste, j’ai continué à fixer ces étincelants cadavres, presque convaincu qu’à force de persuasion le coupable bougerait à nouveau.
Au bout d'un moment, je commençais effectivement à le voir frétiller de manière imperceptible.
J’allais m’éloigner quand soudain... il a respiré à nouveau !
Sérieusement secoué, j’ai intercepté un vendeur, qui m’explique, en les tripotant :
« C’est résistant ces bêtes-là… »
Et comme j’en attendais un peu plus de sa part, il a rajouté :
« Comme ça, au moins, on est sûr qu’ils sont frais. »
Et de les palper encore un peu (une substance gélatineuse se répand sur la glace) avant de conclure:
« Oui, bon, ils souffrent un peu. »
Je n’ai rien réussi à acheter à la suite de cet incident.
Je crois même qu’une fois sorti du magasin, je l'ai complètement évacué de mon esprit.
Il a fallu que j'y retourne ce soir pour que je m'en souvienne.
Les brochets n'étaient plus là.
.
Versoix. Juillet 2009.
… mais éclaircis.
Hier, je faisais mes courses chez Manor (une chaîne de grandes surfaces helvétique), et alors que je passais devant le rayon poissonnerie, mon regard a été attiré par deux grands spécimens, des brochets de 30 centimètres, couchés sur la glace. Tous deux morts, bien sûr.
Et soudain, j’ai cru que l’un d’eux avait respiré !
C’était impossible, mais je l’aurais juré.
Toujours fasciné par cette brève vision surréaliste, j’ai continué à fixer ces étincelants cadavres, presque convaincu qu’à force de persuasion le coupable bougerait à nouveau.
Au bout d'un moment, je commençais effectivement à le voir frétiller de manière imperceptible.
J’allais m’éloigner quand soudain... il a respiré à nouveau !
Sérieusement secoué, j’ai intercepté un vendeur, qui m’explique, en les tripotant :
« C’est résistant ces bêtes-là… »
Et comme j’en attendais un peu plus de sa part, il a rajouté :
« Comme ça, au moins, on est sûr qu’ils sont frais. »
Et de les palper encore un peu (une substance gélatineuse se répand sur la glace) avant de conclure:
« Oui, bon, ils souffrent un peu. »
Je n’ai rien réussi à acheter à la suite de cet incident.
Je crois même qu’une fois sorti du magasin, je l'ai complètement évacué de mon esprit.
Il a fallu que j'y retourne ce soir pour que je m'en souvienne.
Les brochets n'étaient plus là.
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Versoix. Juillet 2009.
Libellés :
Animaux,
hallucination...,
Manor,
Phénomène Etrange
jeudi 4 mars 2010
Phénomène Etrange.
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Cet après–midi, je me rendais comme tous les jours à pied au travail, et à mi-parcours, dans les Rues Basses de Genève (pour ceux qui connaissent), je suis tombé sur une femme qui est un de ces personnages pittoresques que possèdent probablement toutes villes de taille respectable : c’est une femme d'une soixantaine d'années qui est soit schizophrène ou sénile ou atteinte d’un toc, mais toujours est-il qu’elle déballe à voix haute (et portante) des insanités plus ou moins nonsensiques de manière continue, en plus d’être habillée de manière assez remarquable (mais pas réellement extravagante), dans des tons et des couleurs très contrastées et arborant un maquillage très chargé.
Je remarque donc cette femme qui s’éloigne en traversant la Place du Molard en direction de la Rue du Rhône, parallèle aux Rues Basses, mais je ne m’attarde guère car je suis pressé d’arriver au travail.
Je continue donc mon chemin d’un pas rapide, et environ 400 mètres plus loin… je retombe sur cette même femme, qui arrive cette fois face à moi, débouchant du Passage de la Monnaie qui, comme la Place du Molard, communique avec la Rue du Rhône!
Vous aurez peut-être compris à ce stade déjà l’aspect remarquable de cet incident.
Pour faire simple : j’ai parcouru d’un pas rapide et sans jamais m’arrêter ou ralentir une distance d’environ 400 mètres pendant que cette femme faisait elle le tour du pâté d’immeuble, soit une distance estimée de 800 à 1000 mètres !
Je précise que je fais environ 1,80 mètre et elle probablement 1,60 mètre, sinon moins, et qu’il n’y a aucun doute possible qu’il s’agissait de la même femme.
Comment est-ce possible ? C’est simple : ça ne l’est pas, et pourtant, ç'est arrivé cet après-midi.
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Le Restaurant des Halles de L'Île, Genève. Février 2010
Cet après–midi, je me rendais comme tous les jours à pied au travail, et à mi-parcours, dans les Rues Basses de Genève (pour ceux qui connaissent), je suis tombé sur une femme qui est un de ces personnages pittoresques que possèdent probablement toutes villes de taille respectable : c’est une femme d'une soixantaine d'années qui est soit schizophrène ou sénile ou atteinte d’un toc, mais toujours est-il qu’elle déballe à voix haute (et portante) des insanités plus ou moins nonsensiques de manière continue, en plus d’être habillée de manière assez remarquable (mais pas réellement extravagante), dans des tons et des couleurs très contrastées et arborant un maquillage très chargé.
Je remarque donc cette femme qui s’éloigne en traversant la Place du Molard en direction de la Rue du Rhône, parallèle aux Rues Basses, mais je ne m’attarde guère car je suis pressé d’arriver au travail.
Je continue donc mon chemin d’un pas rapide, et environ 400 mètres plus loin… je retombe sur cette même femme, qui arrive cette fois face à moi, débouchant du Passage de la Monnaie qui, comme la Place du Molard, communique avec la Rue du Rhône!
Vous aurez peut-être compris à ce stade déjà l’aspect remarquable de cet incident.
Pour faire simple : j’ai parcouru d’un pas rapide et sans jamais m’arrêter ou ralentir une distance d’environ 400 mètres pendant que cette femme faisait elle le tour du pâté d’immeuble, soit une distance estimée de 800 à 1000 mètres !
Je précise que je fais environ 1,80 mètre et elle probablement 1,60 mètre, sinon moins, et qu’il n’y a aucun doute possible qu’il s’agissait de la même femme.
Comment est-ce possible ? C’est simple : ça ne l’est pas, et pourtant, ç'est arrivé cet après-midi.
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Le Restaurant des Halles de L'Île, Genève. Février 2010
La Vieillesse et la Mort.
.
Lorsque l’on est enfant, la vieillesse et la mort sont des concepts assez abstraits.
On est trop occupé à grandir et se développer pour se soucier en plus de ces choses-là.
Mon premier souvenir d’un signal clair que je n'étais pas éternel date de mes 22 ou 23 ans.
A l’époque, je courrais souvent pour attraper le bus. Parfois même, celui-ci partait sans moi et je continuais à le poursuivre jusqu’à l’arrêt suivant, par défi.
Et un jour, je me suis rendu compte que c’était un peu plus difficile. Le pas était plus lourd, les muscles réagissaient moins vite, le souffle était plus court.
J’ai malgré tout continué à le faire, pensant que la forme reviendrait, mais ça n’a jamais vraiment été le cas.
Avec le temps, j’ai graduellement abandonné cette pratique : si le bus s’arrêtait 200 mètres devant moi, au mieux je pressais le pas, dans l’espoir de l’attraper quand même ; mais sinon… tant pis.
A présent, je ne prends même plus cette peine : je prévois déjà d'attendre le suivant.
Une expérience plus traumatisante concerne la perte des cheveux.
Vers 25 ou 26 ans, j'ai un jour raconté à un client comment un de mes proches amis avait perdu presque tous ses cheveux à vingt ans.
Celui-ci, un brin fataliste, me répondit :
« Bah, on les perd tous un jour. »
- Oui, ben pas moi, lui rétorquai-je un peu vite.
-Toi ? Mais bien sûr que tu les perds !
- Mais non !
- Mais si !
Et sans autre, il jeta un coup d’œil au sommet de mon crâne et confirma avec un sourire gêné:
- Je t’assure que si ; ça se voit nettement.
Sur le moment, je faillis me fâcher, car ce n’était pas drôle, mais… il ne plaisantait pas.
Je changeai donc rapidement de sujet, et classai la chose jusqu’au soir.
De retour à la maison, j’inspectai mon crâne avec l’aide d’un petit miroir.
Parfaitement visible, entre les mèches , je découvris un espace de plusieurs centimètres , complètement dégarni.
Dans la demi-heure qui suivit, je restai couché dans ma chambre, toutes lumières éteintes, à essayer d’assimiler, et surtout accepter, cette réalité nouvelle : je vieillissais.
« C’est le début de la fin. Je vieillis. Je vais mourir. Bon, je ne suis pas encore mort, mais bientôt. Ce n’est qu’une question de temps. »
Je voyais soudainement les années défiler. Je revoyais mes parents, mes grands-parents : j’allais devenir comme eux, et surtout, j’allais connaître le même sort que certains d’entre eux déjà à cette époque: la Mort.
.

St Jean-de-Luz. Juillet 2009.
Lorsque l’on est enfant, la vieillesse et la mort sont des concepts assez abstraits.
On est trop occupé à grandir et se développer pour se soucier en plus de ces choses-là.
Mon premier souvenir d’un signal clair que je n'étais pas éternel date de mes 22 ou 23 ans.
A l’époque, je courrais souvent pour attraper le bus. Parfois même, celui-ci partait sans moi et je continuais à le poursuivre jusqu’à l’arrêt suivant, par défi.
Et un jour, je me suis rendu compte que c’était un peu plus difficile. Le pas était plus lourd, les muscles réagissaient moins vite, le souffle était plus court.
J’ai malgré tout continué à le faire, pensant que la forme reviendrait, mais ça n’a jamais vraiment été le cas.
Avec le temps, j’ai graduellement abandonné cette pratique : si le bus s’arrêtait 200 mètres devant moi, au mieux je pressais le pas, dans l’espoir de l’attraper quand même ; mais sinon… tant pis.
A présent, je ne prends même plus cette peine : je prévois déjà d'attendre le suivant.
Une expérience plus traumatisante concerne la perte des cheveux.
Vers 25 ou 26 ans, j'ai un jour raconté à un client comment un de mes proches amis avait perdu presque tous ses cheveux à vingt ans.
Celui-ci, un brin fataliste, me répondit :
« Bah, on les perd tous un jour. »
- Oui, ben pas moi, lui rétorquai-je un peu vite.
-Toi ? Mais bien sûr que tu les perds !
- Mais non !
- Mais si !
Et sans autre, il jeta un coup d’œil au sommet de mon crâne et confirma avec un sourire gêné:
- Je t’assure que si ; ça se voit nettement.
Sur le moment, je faillis me fâcher, car ce n’était pas drôle, mais… il ne plaisantait pas.
Je changeai donc rapidement de sujet, et classai la chose jusqu’au soir.
De retour à la maison, j’inspectai mon crâne avec l’aide d’un petit miroir.
Parfaitement visible, entre les mèches , je découvris un espace de plusieurs centimètres , complètement dégarni.
Dans la demi-heure qui suivit, je restai couché dans ma chambre, toutes lumières éteintes, à essayer d’assimiler, et surtout accepter, cette réalité nouvelle : je vieillissais.
« C’est le début de la fin. Je vieillis. Je vais mourir. Bon, je ne suis pas encore mort, mais bientôt. Ce n’est qu’une question de temps. »
Je voyais soudainement les années défiler. Je revoyais mes parents, mes grands-parents : j’allais devenir comme eux, et surtout, j’allais connaître le même sort que certains d’entre eux déjà à cette époque: la Mort.
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St Jean-de-Luz. Juillet 2009.
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Mort,
Vieille
mercredi 3 mars 2010
La Lecture
.
Je ne lis presque plus.
De livres, donc. Et encore moins de romans.
Pour le libraire que je suis (depuis 28 ans) c’est un sérieux handicap.
Jusqu’au mois dernier, je n’avais plus lu de roman depuis quatre ou cinq ans. Et j’ai fait des tentatives multiples, au moins 4 ou 5 par année.
Parfois, j’ai abandonné au bout d’une dizaine de pages, mais le plus souvent dès les toutes premières.
Le phénomène le plus récurrent est que j’entame les premières pages, et au bout de quelques-unes, je m’aperçois que je n’assimile plus le sens de ce que je lis. Ou alors je l’assimile sur le moment, mais je ne me souviens pas des pages précédentes. D'autres fois, je ne parviens pas à visualiser, ou à donner corps à la réalité décrite par l’auteur.
Dans le dernier roman que j’ai lu, jusqu'au bout cette fois-ci, je me suis rendu compte que je n’arrivais souvent pas à différencier les principaux personnages. Leur nom avait beau être répété par l’auteur, rien n’y faisait : j’essayais de les individualiser, l’un marié et indigène au cadre du roman, l’autre célibataire et étranger, mais ça persistait à demeurer flou dans mon esprit.
Si bien que je me suis plusieurs fois résolu à considérer ces deux personnages comme un seul.
Il y a quelque mois, j’avais découvert un article mettant en garde contre les méfaits d’internet : d’après son auteur, internet était en train de créer une génération de « surfeurs » navigant à la surface des sujets, sans réflexion, mais aussi des lecteurs incapables de se concentrer sur un sujet plus de quelques minutes.
Hé bien, devinez quoi ? Je n’ai pas réussi à lire l’article… au-delà du premier paragraphe !
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Je ne lis presque plus.
De livres, donc. Et encore moins de romans.
Pour le libraire que je suis (depuis 28 ans) c’est un sérieux handicap.
Jusqu’au mois dernier, je n’avais plus lu de roman depuis quatre ou cinq ans. Et j’ai fait des tentatives multiples, au moins 4 ou 5 par année.
Parfois, j’ai abandonné au bout d’une dizaine de pages, mais le plus souvent dès les toutes premières.
Le phénomène le plus récurrent est que j’entame les premières pages, et au bout de quelques-unes, je m’aperçois que je n’assimile plus le sens de ce que je lis. Ou alors je l’assimile sur le moment, mais je ne me souviens pas des pages précédentes. D'autres fois, je ne parviens pas à visualiser, ou à donner corps à la réalité décrite par l’auteur.
Dans le dernier roman que j’ai lu, jusqu'au bout cette fois-ci, je me suis rendu compte que je n’arrivais souvent pas à différencier les principaux personnages. Leur nom avait beau être répété par l’auteur, rien n’y faisait : j’essayais de les individualiser, l’un marié et indigène au cadre du roman, l’autre célibataire et étranger, mais ça persistait à demeurer flou dans mon esprit.
Si bien que je me suis plusieurs fois résolu à considérer ces deux personnages comme un seul.
Il y a quelque mois, j’avais découvert un article mettant en garde contre les méfaits d’internet : d’après son auteur, internet était en train de créer une génération de « surfeurs » navigant à la surface des sujets, sans réflexion, mais aussi des lecteurs incapables de se concentrer sur un sujet plus de quelques minutes.
Hé bien, devinez quoi ? Je n’ai pas réussi à lire l’article… au-delà du premier paragraphe !
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